On arrête dans son bureau le plus grand physicien français ; deux semaines plus tard, les étudiants de Paris descendent aux Champs-Élysées, et la Résistance commence.
Paul Langevin a soixante-huit ans. Physicien de premier plan, inventeur du sonar pendant la Grande Guerre, professeur au Collège de France, directeur de l'École supérieure de physique et de chimie industrielles, il est l'une des gloires scientifiques françaises. Il est aussi un militant : fondateur en 1934 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes avec Alain et Paul Rivet, président de la Ligue des droits de l'homme, compagnon de route du Parti communiste, dreyfusard de la première heure.
Le 30 octobre 1940, la Gestapo l'arrête dans son bureau de l'École de physique et chimie, rue Vauquelin dans le 5e arrondissement. Il passe trente-huit jours à la prison de la Santé, au secret, et subit un interrogatoire détaillé le 25 novembre. Il sera ensuite assigné à résidence à Troyes.
L'arrestation provoque une indignation qui traverse les clivages politiques du Quartier latin. Le 8 novembre 1940, une cinquantaine d'étudiants communistes, dont Claude Lalet, manifestent au Collège de France malgré les interdictions. Lalet sera interné puis fusillé à Châteaubriant en octobre 1941, aux côtés de Guy Môquet.
Le 11 novembre 1940, plusieurs milliers de lycéens et d'étudiants descendent aux Champs-Élysées et à l'Arc de Triomphe pour l'anniversaire de l'armistice de 1918, commémoration interdite par l'occupant. La manifestation est brutalement réprimée. Elle est considérée comme le premier acte public massif de résistance à l'occupant en France.
De cette effervescence naît aussi un journal. Georges Politzer, Jacques Solomon, gendre de Langevin, et Jacques Decour fondent en novembre 1940 L'Université libre, feuille clandestine qui paraîtra en cent quatre numéros jusqu'en octobre 1944. Les trois fondateurs seront arrêtés et fusillés au Mont-Valérien en mai 1942.
Hélène Langevin-Joliot, petite-fille de Langevin et de Marie Curie, physicienne, poursuit aujourd'hui son œuvre de vulgarisation scientifique.