Portrait d'Anne d'Autriche. Copie d'un original disparu, peint vers 1620-1625 par Peter Paul Rubens.
Musée du Louvre.
Elle était reine de France et sœur du roi d'Espagne, et Richelieu savait depuis longtemps que ces deux fidélités ne pouvaient pas coexister indéfiniment.
En 1635, la France déclara la guerre à l'Espagne. Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, se retrouva dans une position impossible : elle était née infante d'Espagne, fille de Philippe III et sœur de Philippe IV, le roi avec lequel son mari était désormais en guerre. Richelieu, qui la tenait pour suspecte depuis des années, la fit surveiller.
Anne se rendait régulièrement à l'abbaye du Val de Grâce, rue Saint-Jacques dans le faubourg Saint-Jacques (5e arrondissement), pour y prier et se retirer. Elle y avait établi une correspondance secrète avec l'Espagne par l'intermédiaire de ses proches, dont Mme de Chevreuse, Marie de Rohan-Montbazon, qui était l'une de ses confidentes les plus intimes.
Le 12 août 1637, Pierre Séguier, garde des sceaux de Richelieu, fit perquisitionner l'abbaye. Les lettres furent saisies. Anne fut confrontée aux preuves et contrainte, quelques jours plus tard, de signer une confession reconnaissant qu'elle avait entretenu une correspondance avec l'ennemi. Elle admit avoir écrit à son frère Philippe IV, à son beau-frère l'infant cardinal et à Mme de Chevreuse, qui avait fui en Espagne. La reine jura solennellement de ne plus recommencer.
Mme de Chevreuse ne rentra pas en France. Anne fut placée sous une surveillance renforcée. Richelieu mourut en 1642, Louis XIII en 1643. Anne d'Autriche devint alors régente pour son fils Louis XIV, âgé de cinq ans, et gouverna la France avec Mazarin. L'abbaye du Val de Grâce, devenue le symbole de ses années de disgrâce, fut transformée en église royale dont elle posa la première pierre en 1645 : c'est le bâtiment qui subsiste aujourd'hui rue Saint-Jacques.