Franz Liszt en 1824, par François Le Villain after A. X. Leprince — Ernst Burger Franz Liszt. München 1986
Franz Liszt a douze ans — il en aura treize en octobre — lorsqu'il monte pour la première fois sur la scène du Théâtre-Italien, rue Méhul, ce 7 mars 1824. Son père Adam, régisseur reconverti en imprésario impitoyable, a tout manœuvré : la location de la salle, les conditions négociées avec le directeur Habeneck, la mise en scène d'un enfant prodige venu conquérir la capitale de la musique.
La famille est arrivée à Paris le 11 décembre 1823, avec de grandes ambitions et une première déconvenue : le directeur du Conservatoire, Cherubini, a refusé l'inscription de Franz au motif que le règlement interdit les étrangers. Qu'importe. La maison Érard a accueilli le jeune Hongrois dans ses salons de la rue du Mail, lui a offert un piano superbe, et le Tout-Paris des salons a déjà entendu parler de ce gamin qui peut tout jouer à la première lecture.
Le concert du Théâtre-Italien est, selon le mot des biographes, « un des tournants de sa carrière ». Le public parisien est conquis, la presse dithyrambique. Le critique Alphonse Martainville écrit : « Depuis hier, je crois à la métempsycose. Je suis convaincu que l'âme et le génie de Mozart sont passés dans le corps du jeune Liszt. » La comparaison avec Mozart — mort trente-trois ans plus tôt — dit tout de la fièvre qui s'empare de la salle.
Paris restera le centre de gravité de Liszt pendant vingt ans. C'est ici qu'il rencontrera Chopin, Berlioz, Paganini, Hugo et George Sand — et qu'il inventera le récital de piano tel que nous le connaissons encore.