Dans le Palais de Chaillot, quelques semaines après la capitulation du Japon, les syndicats du monde entier se réunissent pour la première fois : ils veulent faire de la paix un projet ouvrier.
La Seconde Guerre mondiale vient de s'achever. Les résistants communistes, les partisans soviétiques, les syndicats alliés qui ont soutenu l'effort de guerre ont joué un rôle décisif dans la défaite du fascisme. Il est temps d'organiser cette force dans la paix.
Le 25 septembre 1945, le premier congrès syndical mondial s'ouvre au Palais de Chaillot à Paris. Des représentants de cinquante-six pays y participent. Les grandes centrales sont là : la CGT française avec Benoît Frachon, les Trade Unions britanniques avec Walter Citrine, le CIO américain, les syndicats soviétiques. Pour la première fois dans l'histoire du mouvement ouvrier, les grandes organisations syndicales des pays capitalistes et du bloc soviétique siègent dans la même salle et acceptent de travailler ensemble.
Le congrès crée la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), dont le siège est fixé à Paris. Louis Saillant, de la CGT, en devient le secrétaire général. Walter Citrine en prend la présidence. L'ambition est immense : coordonner l'action syndicale au niveau mondial, peser sur les politiques des Nations Unies naissantes, garantir les droits des travailleurs dans tous les pays sans exception.
Mais la FSM naît au moment même où la Guerre froide se prépare. La coexistence entre syndicats pro-soviétiques et syndicats atlantiques sera de courte durée. En 1949, le CIO américain et les Trade Unions britanniques quittent la FSM pour fonder la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), anti-communiste. La CGT reste dans la FSM, qui se réoriente vers son noyau pro-soviétique.
La scission de 1949 est le premier grand divorce institutionnel de la Guerre froide dans le mouvement ouvrier. Ce qui avait été construit à Paris en septembre 1945 comme une internationale ouvrière unifiée se fracture en deux ans. Le Palais de Chaillot avait cru abriter une naissance ; c'était aussi une promesse que le monde ne tiendrait pas.