Portrait de Honoré Mirabeau (1749-1791).
Le 24 juillet 1789, dix jours après la prise de la Bastille, Mirabeau ouvrait les bureaux de son journal rue de l'Échelle — à deux pas du Palais-Royal où la Révolution s'était tramée.
Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, était l'homme le plus célèbre de l'Assemblée nationale. Orateur hors pair, tribun populaire malgré son titre de noblesse, élu aux États généraux par le tiers état d'Aix-en-Provence, il avait porté les formules les plus mémorables des premières semaines révolutionnaires.
Le Courrier de Provence était à la fois un compte rendu des débats parlementaires et un organe d'opinion. Mirabeau y rédigeait des commentaires, des analyses, des discours remaniés. C'était une formule nouvelle : le journal politique moderne, né dans l'explosion de la presse libre que permettait la fin de la censure royale.
Il ne cacha pas ses contradictions longtemps. Depuis l'automne 1790, Mirabeau négociait secrètement avec la cour : Louis XVI le payait pour défendre une monarchie constitutionnelle contre les républicains les plus avancés. Le journal continuait de paraître ; les discours sonnaient juste ; mais leur auteur était acheté. Il mourut en avril 1791, avant que la vérité n'éclate — le public apprit la trahison plus tard, quand on trouva ses lettres dans l'armoire de fer aux Tuileries.
Le Courrier de Provence cessa de paraître en octobre 1791. Mirabeau avait été porté au Panthéon en fanfare ; ses lettres l'en firent chasser en 1794.