Première exposition parisienne des œuvres de Picasso

Galerie Vollard (de 1896 à 1924)

Pablo Picasso, Pablo Picasso et Manuel Pallarès contemplant la Tour Eiffel, 1900

Il a dix-neuf ans, il peint trois toiles par jour et dort à peine : le jeune Espagnol débarque rue Laffitte avec soixante-quatre tableaux sous le bras.

Pablo Picasso est arrivé à Paris pour la deuxième fois au printemps 1901. Il a quitté Barcelone, ses cafés, sa bohème catalane, et s'est installé dans un atelier au 130 ter boulevard de Clichy, à Montmartre. Il travaille comme un forcené — natures mortes, scènes de rue, femmes de café, danseuses, courses de taureaux. Il a dix-neuf ans et la certitude que Paris est l'endroit où tout se joue.

C'est Pedro Mañach, un marchand catalan installé à Paris — qui lui verse cent cinquante francs par mois —, qui organise la rencontre décisive. Il convainc Ambroise Vollard, le galeriste le plus audacieux de la rive droite, d'exposer les toiles du jeune homme. Vollard a du flair : c'est lui qui a révélé Cézanne en 1895, montré Van Gogh, exposé Renoir, Degas, Bonnard. Sa galerie du 6 rue Laffitte — un rez-de-chaussée étroit dans cette rue qui est alors le cœur du marché de l'art parisien — est un passage obligé pour quiconque veut compter.

Le 25 juin 1901, l'exposition ouvre. Picasso partage l'affiche avec le peintre basque Francisco Iturrino. Soixante-quatre toiles accrochées aux murs — certaines peintes dans les semaines précédentes, la peinture à peine sèche. Quinze sont déjà vendues avant le vernissage. Le critique Gustave Coquiot a annoncé l'événement dans Le Journal dès le 17 juin, et la presse réagit favorablement : on salue la virtuosité, la fougue, les influences encore visibles — Toulouse-Lautrec, Degas, Van Gogh — mais aussi quelque chose d'insolent, de sauvage, qui n'appartient qu'à lui.

L'exposition dure jusqu'au 14 juillet. Vollard, lui, ne considère pas que c'est un triomphe — il n'achètera plus à Picasso avant 1906. Mais le jeune Espagnol a été vu par ceux qui comptent. Matisse, Vlaminck, Derain passent rue Laffitte. Et puis il y a la cave.

La cave de Vollard est déjà légendaire. Depuis 1900, le galeriste y organise des dîners qui réunissent le Tout-Paris de l'avant-garde — Apollinaire, Alfred Jarry, Odilon Redon, Forain, Bonnard. Un caveau tout blanc, aux murs carrelés, qui ressemble à un petit réfectoire monastique, racontera Apollinaire dans Le Flâneur des deux rives. La cuisine est simple, relevée d'épices créoles — Vollard est originaire de la Réunion. On y mange, on y boit, on y refait l'art. L'exposition Picasso est l'occasion de quelques-uns de ces repas souterrains où un peintre de dix-neuf ans croise des maîtres qui ont trente ans de plus que lui.

Au 6 rue Laffitte, il ne reste rien de la galerie Vollard — les marchands d'art ont depuis longtemps migré vers d'autres quartiers. Mais c'est ici, au-dessus d'un caveau où Apollinaire faisait des calembours et où Jarry buvait trop, qu'a commencé la carrière parisienne du peintre le plus célèbre du XXe siècle.