Les Ateliers nationaux au Champs-de-Mars, par César Bouton, 1849
Émile Thomas, qui vient d'être nommé par Louis-Antoine Garnier-Pagès, prend la direction des ingérables ateliers nationaux, dont la fermeture en juin provoquera la seconde Révolution de 1848.
Le gouvernement provisoire de la IIe République vient de créer les ateliers nationaux le 27 février 1848, quelques jours à peine après la fuite de Louis-Philippe. L'objectif affiché : donner du travail aux milliers d'ouvriers parisiens que la crise économique a jetés au chômage. La réalité, moins avouable, est aussi d'étouffer dans l'œuf l'influence du socialiste Louis Blanc et de sa Commission du Luxembourg.
Pour diriger cette institution explosive, Garnier-Pagès, maire de Paris, se tourne vers un jeune ingénieur de vingt-huit ans sorti de l'École centrale : Émile Thomas. Le 6 mars, Thomas est nommé commissaire de la République et prend la direction du bureau central, installé dans l'ancien manège du parc Monceau, boulevard de Courcelles — à l'écart, délibérément, des quartiers populaires. En l'intronisant, Garnier-Pagès aurait lancé : « Un homme d'État vient de se révéler. »
Thomas s'attelle à une tâche proprement ingérable. Les inscriptions s'emballent : 6 000 chômeurs à mi-mars, 30 000 fin mars, 117 000 fin avril. Il tente d'organiser les effectifs sur le modèle militaire, mobilise les élèves de l'École centrale comme encadrants, multiplie les chantiers de terrassement. Mais les ateliers deviennent rapidement un gouffre financier et un foyer d'agitation politique — tout ce que les républicains modérés craignaient.
Le 27 mai, Thomas est brutalement écarté, enlevé à la sortie du bureau de son ministre et expédié à Bordeaux. Trois semaines plus tard, la fermeture des ateliers déclenchera l'insurrection des Journées de Juin — réprimée dans le sang.
La nomination du 6 mars avait armé la mèche sans le savoir.

Organisation des ateliers nationaux, 1848, Émile Thomas