Le 23 août 1927, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont exécutés sur la chaise électrique dans la prison de Charlestown, Massachusetts. Condamnés en 1921 pour un meurtre et un vol à main armée, leur appartenance anarchiste et leur nationalité italienne avaient pesé plus que les preuves. Pendant sept ans, leur cause avait mobilisé l'opinion internationale: intellectuels, syndicats, partis de gauche, Einstein, Anatole France, avaient demandé leur grâce. La demande n'avait pas été entendue.
À Paris, la nouvelle de l'exécution provoque des manifestations de rue. Le Parti communiste français organise des rassemblements, des meetings, des appels à la solidarité. La police charge; des affrontements ont lieu. Le gouvernement de Poincaré, soucieux de l'ordre, décide d'agir judiciairement.
Le 12 septembre 1927, huit dirigeants du PCF comparaissent devant la 12e chambre correctionnelle du Palais de Justice pour incitation à attroupement armé et provocation à la rébellion. Parmi eux: Jacques Duclos, trente ans, qui sera pendant quarante ans l'un des visages les plus reconnaissables du parti; André Marty, futur responsable sanguinaire des opérations des Brigades internationales en Espagne; Henri Barbé et André Ferrat, figures du secrétariat.
Ils reçoivent des peines allant de quelques mois à un an d'emprisonnement. Ces condamnations ne les empêcheront pas de continuer leur activité: Duclos sera bientôt député, Marty dirigera la marine loyaliste en Espagne.
L'affaire Sacco et Vanzetti est l'une des premières grandes causes internationales du mouvement ouvrier du XXe siècle: elle a montré qu'une exécution judiciaire peut devenir un événement mondial, mobilisant des millions de personnes à des milliers de kilomètres. Elle a aussi montré que cette mobilisation peut ne servir à rien. Les deux hommes ont été réhabilités à titre posthume par le gouverneur du Massachusetts en 1977, cinquante ans après leur exécution. La 12e chambre du Palais de Justice, elle, avait sanctionné ceux qui avaient dit non.