Programmation du "Coucher d'Yvette", un des premiers strip-teases à Paris

Concert Lisbonne (ancien Divan Japonais)

Affiche du coucher d'Yvette au Concert Lisbonne - Blanche Cavalli

Au printemps 1894, le vieux Divan Japonais de la rue des Martyrs a changé de mains et de nom : sous la direction de l’ancien communard Maxime Lisbonne, il devient le Concert Lisbonne. L’homme, déjà connu pour ses cabarets tapageurs et ses provocations anticléricales, cherche un « coup » pour relancer la salle. Il le trouve avec une pantomime annoncée comme légère, mais promise à un bel avenir scandaleux : Le Coucher d’Yvette.

Sur scène, la comédienne Blanche Cavelli incarne une demi‑mondaine qui se prépare pour la nuit : entrée en peignoir, gestes de toilette, puis, peu à peu, vêtements défaits, tissus qui glissent… À la fin, l’actrice apparaît « nue » – en réalité en maillot rose très ajusté et légèrement transparent, mais suffisamment suggestif pour que le public ait l’impression de voir un corps féminin dénudé, dans un café‑concert populaire, sans prétexte « artistique » élevé. La presse parisienne se déchaîne : on parle d’« indécence », de « déshabillage complet », certains critiquent le mélange de gauloiserie et de réalisme, d’autres viennent justement pour ça.

Cet épisode est souvent présenté comme l’un des tout premiers strip‑teases de Paris, voire comme « le premier strip‑tease de l’histoire » dans le langage de la chronique montmartroise. Le terme est anachronique, mais il traduit bien le caractère inédit de la scène : pour la première fois, un café‑concert organise un véritable numéro de déshabillage comme attraction centrale, avec une mise en scène érotique assumée et non plus seulement des décolletés ou des travestissements.

Malgré le bruit fait autour du Coucher d’Yvette, le Concert Lisbonne ne prospère pas longtemps. Dès 1895, l’établissement est repris et retrouve pour quelques années le nom de Divan Japonais. Mais le numéro de Blanche Cavelli reste dans la mémoire de Montmartre comme un moment de bascule : celui où le café‑concert flirte ouvertement avec le nu, préfigurant toute une tradition de spectacles de déshabillage qui ira plus tard des Folies Bergère aux cabarets de Pigalle.

Aujourd’hui, dans un clin d’œil à son passé, les mêmes locaux de la rue des Martyrs accueillent les spectacles de travestis du cabaret Madame Arthur.