Rassemblement des corporations sous prétexte de l'élection d'officiers de la Garde nationale au choix des ouvriers

Champ de Mars

Révolution de février 1848, BnF

Rassemblement des corporations sous prétexte de l'élection d'officiers de la Garde nationale au choix des ouvriers ; en fait en vue d'une tentative de chasser les têtes du Gouvernement provisoire

Au matin du 16 avril 1848, les clubs ouvriers et les délégués des corporations convergent vers le Champ de Mars pour une réunion à laquelle le gouvernement provisoire les a lui-même conviés : élire les officiers de la Garde nationale. On est deux mois après Février, la République a dix semaines, et tout se joue encore. Aux bannières, les vieilles devises des canuts lyonnais : Vivre en travaillant ou mourir en combattant, Vive la République démocratique et sociale ! À la tribune improvisée, on parle d'ajourner les élections à la Constituante prévues pour le 23 avril : la province n'est pas prête, la contre-révolution s'organise.

Louis Blanc, Cabet, Raspail sont là ; Blanqui rôde — non sans méfiance à l'égard de Barbès, qui vient de fonder un club rival. De la rue de Poitiers à l'Hôtel de Ville, la droite et les modérés guettent le faux pas. Ledru-Rollin, ministre de l'Intérieur, le leur donne. Ou plutôt le leur fabrique : à neuf heures, il fait battre le rappel de la Garde nationale des quartiers bourgeois. Vingt brigades, deux cent mille hommes en armes, bientôt massés sur les boulevards. Consigne officielle : protéger l'Hôtel de Ville d'un complot communiste. Consigne réelle : écraser politiquement la gauche sociale sans tirer un coup de feu.

Quand le cortège part du Champ de Mars vers l'Hôtel de Ville pour remettre une pétition, il avance entre deux haies hurlantes : À bas les communistes ! À bas Cabet ! À l'eau Louis Blanc ! La délégation atteint le Grève, remet son texte à Lamartine, ressort sous les huées, reflue vers le Champ de Mars. Pas un blessé. Mais la partie est perdue : la République sociale vient d'être ostracisée au sein même de la République. Les Journées de Juin s'écrivent ce jour-là, en creux.

Bibliographie