Façade du Maxim's.
Un mois après la débâcle, au restaurant le plus chic de Paris, on négociait déjà les termes de la soumission.
Le 22 juin 1940, la France avait signé l'armistice. Le 10 juillet, l'Assemblée nationale avait voté les pleins pouvoirs à Pétain à Vichy. Le 19 juillet — cinq semaines après que les blindés allemands étaient entrés dans Paris — Pierre Laval dîne chez Maxim's avec Otto Abetz.
Maxim's, 3 rue Royale, dans le 8e arrondissement : le restaurant le plus célèbre de Paris depuis la Belle Époque, où Proust venait souper, où l'Exposition de 1900 avait réuni l'Europe entière. En 1940, son propriétaire a été évincé par la politique d'aryanisation ; la salle Belle Époque, ses boiseries rouges et ses miroirs dorés, est devenue le quartier général mondain de l'Occupation.
Autour de la table : Pierre Laval, vice-président du Conseil de Vichy, architecte des pleins pouvoirs accordés à Pétain neuf jours plus tôt ; Fernand de Brinon, journaliste qui plaide pour la réconciliation franco-allemande depuis les années 1930 ; Otto Abetz, diplomate nazi, artisan depuis une décennie des réseaux d'influence allemands en France, qui deviendra officiellement ambassadeur du Reich à Paris en août ; les diplomates Rudolf Schleier et le général Alfred Streccius côté allemand.
Ce soir-là se dessinent les contours de ce que l'histoire appellera la Collaboration — non comme une capitulation subie, mais comme un choix assumé. Laval croit sincèrement que la France peut trouver une place dans l'Europe nazie en négociant habilement. Il négociera, tentera, traitera. Il sera fusillé en octobre 1945.
Abetz sera condamné en 1949 à vingt ans de travaux forcés par un tribunal français, libéré en 1954, mort dans un accident de voiture en 1958.
Maxim's est toujours là, 3 rue Royale. La salle Belle Époque n'a pas beaucoup changé depuis ce soir de juillet 1940.