Réunions de l'équipe du Père Duchêne pour mettre au point la parution du premier numéro

Café de la Salamandre

Le Père Duchêne, n. 24, BnF

Place Saint-Michel, au numéro 4, le Café de la Salamandre bruisse ce soir-là d'une agitation particulière. Une poignée d'hommes s'y retrouvent pour préparer ce qui deviendra l'une des voix les plus tonitruantes de la Commune de Paris : le nouveau Père Duchêne.

Autour de la table, du beau monde rouge. Gustave Maroteau et Eugène Vermersch, qui prendront la plume principale ; Alphonse Humbert, Maxime Vuillaume — dont les Cahiers rouges nous restituent la scène —, le caricaturiste André Gill, Jules Vallès, Charles Longuet et Léon Sornet. Une rédaction improvisée, fiévreuse, à l'image des semaines qui s'ouvrent.

Le titre est un choix délibérément provocateur. En reprenant le nom du journal d'Hébert, figure de la Terreur et de l'enragé par excellence, l'équipe revendique une filiation explosive avec la Révolution de 1793. Le ton sera à l'avenant : grossier, virulent, populaire — le Père Duchêne jure, cogne et exige. Il s'adresse aux faubourgs, aux gardes nationaux, à ceux qui n'ont jamais eu voix au chapitre.

Le premier numéro paraîtra quelques jours plus tard. Le journal tirera jusqu'à soixante-dix mille exemplaires à son pic, diffusé dans les clubs, les casernes et les rues de Paris insurgé. Vermersch y déversera une verve haineuse contre Versailles ; Vallès, plus nuancé, y tiendra une place à part.

Soixante-douze jours plus tard, la Semaine sanglante mettra fin à la Commune — et aux grandes gueules du Café de la Salamandre.