Réunions de la Société des Amis des Noirs

Siège de la Société des Amis des Noirs

 7 rue Française - 2e arr. (emplacement)

Registre de la Société des Amis des Noirs, 19 février 1788

Le 19 février 1788, dans un Paris encore monarchique, se tient l’une des réunions de la Société des Amis des Noirs, fondée quelques semaines plus tôt pour attaquer de front l’esclavage colonial et la traite négrière. Dans ce cercle, où se croisent nobles libéraux, savants, magistrats et hommes d’Église, l’enjeu est de faire entrer la question des esclaves dans le champ du débat public, encore dominé par les intérêts des colons.

Parmi les figures présentes ou proches, on trouve l’abbé Henri Grégoire, curé lorrain devenu théoricien de l’égalité des races et défenseur des « hommes de couleur », Nicolas de Condorcet, philosophe des Lumières convaincu que l’esclavage est incompatible avec les droits de l’homme, La Fayette, héros des deux mondes, ou encore Lavoisier, symbole de la science appliquée à la réforme sociale. D’autres, comme le jeune Valady ou Chaumette, oscillent entre radicalité politique et sensibilité humanitaire.

Les réunions de la Société ont un double objectif : produire des textes – mémoires, projets de loi, brochures – pour influencer l’opinion et, surtout, préparer le moment où des États généraux, puis une Assemblée nationale, devront se prononcer sur le statut des colonies et des esclaves. On y lit des rapports sur la situation de Saint‑Domingue ou de la Martinique, on y discute statistiques, théologie, économie, en cherchant à démontrer que l’abolition est non seulement juste mais possible.

Minoritaire et très contestée, la Société des Amis des Noirs n’en contribue pas moins à fissurer le consensus esclavagiste. Ses réunions de 1788 préfigurent les batailles politiques de 1791‑1794, où certains de ces mêmes acteurs – Grégoire, en première ligne – joueront un rôle décisif dans l’abolition de l’esclavage votée par la Convention.

Bibliographie