Histoire de la rue
La rue des Petits Champs tire son nom de sa naissance même : percée en 1634 par arrêt du Conseil du Roi de novembre 1633, elle traversait alors de véritables champs au nord de Paris. Long de 450 mètres, cet axe relie aujourd'hui la rue de la Banque à l'avenue de l'Opéra ; il a longtemps porté les noms de rue Neuve des Petits Champs et, pour un tronçon, de rue Bautru, avant que l'arrêté du 24 janvier 1881 ne fixe définitivement l'appellation actuelle.
Dès le milieu du XVIIe siècle, la rue attire les grands. Aux numéros 8–12, Mazarin loue puis achète le palais Tubeuf, où son bibliothécaire Gabriel Naudé constitue entre 1643 et 1649 la première bibliothèque publique de Paris. Quelques dizaines de mètres plus loin, aux numéros 45–47, Jean-Baptiste Lully s'installe entre 1671 et 1683 — et l'anecdote est savoureuse : Molière lui a prêté les fonds pour l'achat de l'hôtel, et n'en reverra jamais la couleur. Le même immeuble accueille en 1769 Jeanne Bécu-Rançon, alias Mme du Barry, fraîchement introduite dans le lit de Louis XV, qui y installe son faste tout neuf.
Au siècle des Lumières, la rue est un vrai carrefour d'idées. En 1745, Jean-Jacques Rousseau loge au n° 57 dans une mansarde, au début de sa liaison avec Thérèse Levasseur. Entre 1776 et 1781, les Necker tiennent aux n° 38–44 l'un des salons les plus courus de Paris : Mme Necker y reçoit toute l'intelligentsia, et sa fille Germaine de Staël y grandit dans le bruit des conversations. Le ministre Calonne y réside en 1787 ; les Roland y occupent les mêmes locaux du ministère de l'Intérieur en 1792, année où Claire Lacombe, féministe et proche des Enragés, habite au n° 43. La Révolution laisse d'autres traces : un guillotiné du 11 Thermidor au n° 23, un artisan de Thermidor logé au n° 46.
La Restauration transforme le paysage bâti. En 1823 s'ouvre la galerie Vivienne (n° 4) et, dans la foulée, la galerie Colbert (n° 6, construite en 1826). Le passage Choiseul naît aux n° 40 entre 1823 et 1825. Plus tôt, en 1720, John Law y avait installé la Compagnie des Indes au n° 8, et la rue avait ainsi abrité l'un des plus grands krachs spéculatifs de l'histoire. Sous la Monarchie de Juillet, un complice de Fieschi — auteur de l'attentat contre Louis-Philippe — travaillait au n° 31. En 1849, Mme Récamier meurt du choléra chez sa nièce au n° 8. La Commune y éphémère : La Caricature, interdite par Vinoy, n'y paraît qu'en six numéros.