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26 octobre 1972
Événement

Saïd et Faouzia Bouziri entament une grève de la faim à la Goutte d'Or contre les circulaires qui rendent les immigrés expulsables

Salle St Bruno
Saïd et Faouzia Bouziri entament une grève de la faim à la Goutte d'Or contre les circulaires qui rendent les immigrés expulsables
Lithographie //Manif Mutualité Circulaires Marcellin-Fontanet//, Atelier populaire, Mars 1973. © Musée national de l’histoire de l’immigration

Un couple de Tunisiens menacés d'expulsion cesse de s'alimenter dans une salle paroissiale du 18e ; Sartre, Foucault et Deleuze viennent les soutenir, et le mouvement des sans-papiers naît.

Les circulaires Marcellin-Fontanet sont publiées au début de 1972 par Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur, et Joseph Fontanet, ministre du Travail. Elles lient désormais le titre de séjour au contrat de travail et au logement : un travailleur immigré qui perd son emploi perd son droit de rester en France. Elles suppriment de fait la régularisation a posteriori, qui était jusque-là la voie ordinaire d'entrée dans le pays. Des dizaines de milliers de travailleurs présents en France depuis des années deviennent du jour au lendemain irréguliers et expulsables.

Saïd Bouziri est tunisien, militant, installé en France depuis plusieurs années. Menacé d'expulsion avec sa femme Faouzia, il choisit un mode d'action que la guerre d'Algérie avait vu naître dans les prisons et qui n'avait plus été employé depuis : la grève de la faim.

Le 26 octobre 1972, le couple commence sa grève à la salle Saint-Bruno, 9 rue Saint-Bruno dans le quartier de la Goutte-d'Or, cœur de l'immigration maghrébine parisienne. Le lieu est prêté par la paroisse, ce qui n'est pas anodin : les chrétiens de gauche seront un soutien constant de ce mouvement.

Le soutien s'organise et déborde vite le cadre militant. Un Comité de défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés se constitue. Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Gilles Deleuze, François Mauriac apportent leur signature et leur présence. Le jour prévu pour l'expulsion de Bouziri, deux mille personnes manifestent.

Le mouvement essaime. D'autres grèves de la faim éclatent à Valence, à Paris, dans le Nord, menées principalement par des Tunisiens. Le gouvernement recule partiellement.

Saïd Bouziri consacrera sa vie à la défense des immigrés : il cofondera le journal Sans Frontière, participera à la Marche pour l'égalité de 1983, présidera la Ligue des droits de l'homme de Paris. Il est mort en 2009. Une place de la Goutte-d'Or porte son nom.