Deux jours après le Neptune, un second ballon quitte Paris cerné emportant des pigeons vivants : seul moyen de faire revenir des réponses à l'intérieur des lignes prussiennes.
Le Neptune a prouvé, le 23 septembre, qu'un ballon peut franchir les lignes prussiennes. Mais le ballon ne revient pas : il atterrit là où les vents le portent, parfois très loin de Paris. Pour communiquer dans les deux sens, il faut autre chose.
L'autre chose, ce sont les pigeons voyageurs. Des pigeons formés à Paris, transportés par ballon jusqu'en zone libre, seront capables de revenir à leur colombier d'origine une fois relâchés avec des messages. Le principe est connu depuis l'Antiquité ; l'organisation méthodique d'une poste par pigeon voyageur pendant le siège est une innovation de guerre imposée par la nécessité.
Le 25 septembre 1870, le ballon "Ville de Florence" s'élève depuis le lieu-dit "la Glacière," rue Vergniaud, dans le 13e arrondissement. Il emporte des sacs de courrier et, pour la première fois, des pigeons voyageurs destinés à être relâchés en zone libre. Le service est organisé par Gabriel Mangin, directeur du chenil de l'Exposition universelle de 1867.
Les pigeons de retour transporteront, à partir de janvier 1871, des microfilms de dépêches gouvernementales et de lettres privées. La technique du microfilm est mise au point par René Dagron, photographe et inventeur, qui parvient à miniaturiser sur film de soie des dizaines de milliers de messages. Un seul pigeon peut transporter l'équivalent de plusieurs journaux entiers réduits à quelques grammes. Dagron lui-même arrive à Paris par ballon pour installer son matériel dans la capitale assiégée.
Sur les soixante-six ballons qui quitteront Paris pendant le siège, certains atterriront en Norvège, en Espagne, aux Pays-Bas. Deux seront capturés par les Prussiens. Deux se perdront en mer. La poste aérienne et pigeonnière du siège est l'une des premières applications pratiques et systématiques de la communication à longue distance par voie aérienne. Elle annonce, à sa façon très XIXe siècle, le siècle de la transmission à distance qui s'ouvre.