Serment de fidélité à Pétain par tous les magistrats sauf par Paul Didier

Palais de Justice

Photographie officielle de Philippe Pétain, 1941.

Il avait été convenu, entre juristes liés à la Résistance, qu'il serait bon que l'un d'eux assume ce geste ouvertement ; et que si un seul devait le faire, ce serait Paul Didier.

Le 2 septembre 1941, les magistrats du tribunal de la Seine se réunissent au Palais de Justice, 4 boulevard du Palais, pour prêter serment de fidélité à la personne du maréchal Pétain. La cérémonie est organisée en application de l'acte constitutionnel n°9 du 14 août 1941, par lequel le gouvernement de Vichy exige de l'ensemble des magistrats français un engagement personnel envers le chef de l'État. Un seul refuse : Paul Didier. Il se lève, dit non, et attend les conséquences.

Le régime de Vichy avait, depuis juin 1940, travaillé méthodiquement à plier les institutions républicaines à sa logique. La magistrature, corps traditionnel dont l'indépendance était en principe garantie par le statut de la magistrature, avait résisté moins qu'on ne pouvait l'espérer. Le garde des Sceaux Joseph Barthélemy, juriste distingué passé au service du maréchal, supervisait cette mise au pas. L'acte constitutionnel n°9 était l'instrument choisi : en prêtant serment à la personne de Pétain, chaque magistrat contractait une obligation personnelle qui le plaçait dans une relation de subordination politique directe au chef de l'État, brisant en principe l'idéal de neutralité de la fonction judiciaire.

Les juristes proches de la Résistance avaient débattu de la conduite à tenir. La réponse collective avait été prudente : "Gardez-vous bien de démissionner en masse", disaient certains, car vider les tribunaux de leurs magistrats républicains reviendrait à les livrer encore plus sûrement aux hommes de Vichy. Mais il avait été jugé souhaitable que l'un d'eux assume publiquement le refus, pour que la mémoire du non reste possible. Paul Didier avait décidé que, s'il ne devait y en avoir qu'un, il serait celui-là.

Le surlendemain, 4 septembre, le garde des Sceaux Barthélemy le suspend. Il est révoqué, puis arrêté le 6 septembre sur ordre du ministre de l'Intérieur et envoyé au camp d'internement de Châteaubriant.

La solitude de Paul Didier dans cette salle du Palais de Justice dit tout sur l'état de la magistrature française sous l'Occupation. Ce n'est pas l'histoire d'un lâche collectif : c'est celle d'une institution qui avait choisi, consciemment ou par inertie, de fonctionner dans le cadre du régime. Les tribunaux continuèrent à siéger, à appliquer les lois de Vichy, à juger des résistants, à enregistrer les statuts des juifs. Le serment du 2 septembre 1941 n'était pas le début de cette collaboration judiciaire, mais il en était la formalisation publique.

Bibliographie