Alexandre Herzen, par Etienne Carjat, vers 1850, BnF
Au 37, avenue de Wagram (XVIIe arr.), la salle Wagram accueille le centenaire de la naissance d'Alexandre Herzen. Ce soir, le Paris des exilés russes est au grand complet.
Le 15 avril 1912, une grande réunion commémorative est organisée à la salle Wagram, 37 avenue de Wagram à Paris, pour le centenaire de la naissance d’Alexandre Herzen, considéré par de nombreux exilés comme l’un des précurseurs du socialisme russe. L’événement est mis sur pied par une société de secours aux réfugiés politiques de Russie et attire environ 3 000 personnes, selon le rapport de police établi le lendemain par la préfecture de police de Paris.
La séance s’ouvre vers 20 heures sous la présidence de Véra Figner, ancienne militante de Narodnaïa Volia exilée en France, qui dirige les travaux depuis la tribune, devant un buste de Herzen. Après une brève allocution en russe, elle donne la parole à l’orateur Axentieff, qui s’exprime également en russe. Francis de Pressensé, journaliste et militant des droits de l’homme, prononce ensuite une biographie détaillée de Herzen en français, insistant sur sa sensibilité aux souffrances du peuple et sur son combat contre l’autocratie tsariste. La réunion se poursuit avec des interventions de Lénine et Martov en langue russe, avant une courte suspension de séance.
À la reprise, Valérian Agafonov prend la parole en russe, suivi de Maxime Gorki, accueilli par une ovation et lisant un conte russe dont il est l’auteur. Un pianiste clôt la soirée en interprétant plusieurs pièces de Chopin, ce qui donne à la réunion une dimension à la fois politique et culturelle. La séance est levée vers 23 h 55, « sans incident », d’après le rapport policier, qui souligne cependant la tonalité militante de l’hommage à Herzen et le rôle central joué par les réseaux d’émigrés russes à Paris dans l’organisation de cette manifestation. Lénine, qui vit alors rue Marie-Rose dans le XIVe, quittera Paris deux mois plus tard pour Cracovie. Dans cinq ans, il sera à Petrograd.