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1942 jusqu’en 1944
Événement

Sous l'Occupation, les sous-sols du palais de Tokyo servent de dépôt aux biens juifs spoliés

Palais de Tokyo
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Le palais de Tokyo vu de l'avenue de New-York, en 1965. Fortepan / Sugár Ferenc — CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Sous l'Occupation, les sous-sols du palais de Tokyo, bâti pour l'Exposition de 1937, servent d'entrepôt à des biens juifs placés sous séquestre ; à la Libération, des pianos volés y attendent encore. Un maillon discret du pillage méthodique des appartements juifs de Paris.

Vous longez l'avenue du Président-Wilson, entre l'Alma et le Trocadéro ? Le palais aux deux ailes reliées par un grand péristyle a été inauguré par le président Lebrun le 24 mai 1937, pour l'Exposition internationale. Avant-guerre, on l'appelle « palais de Tokio », du nom du quai qui le borde, l'actuelle avenue de New-York. Il est fait pour deux musées d'art moderne, celui de la Ville à l'est, celui de l'État à l'ouest ; ce dernier n'ouvre que quelques mois, à partir du 6 août 1942, avec un tiers de ses œuvres. Sous les salles, la guerre a trouvé un autre usage aux sous-sols : on y entrepose des biens juifs placés sous séquestre.

Ces biens sortent d'une machine montée dès l'été 1940. En juillet, l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), le service de confiscation du théoricien nazi Alfred Rosenberg, s'installe à l'hôtel Commodore, 12 boulevard Haussmann, puis au 54 avenue d'Iéna. Sous la direction du baron Kurt von Behr, il saisit les collections d'art, les bibliothèques et les archives des Juifs et des loges maçonniques ; les tableaux transitent par le Jeu de Paume. En décembre 1941, Hitler autorise une opération d'une autre ampleur, faute de meubles dans les territoires conquis à l'Est : la M-Aktion, l'« opération Meubles ». Elle vise les « appartements juifs non surveillés », ceux des familles enfuies ou déportées. Le 1er avril 1942, une antenne, la Dienststelle Westen ou « Service de l'Ouest », ouvre à Paris ; von Behr en prend la tête.

Le pillage devient une industrie. Chaque jour, jusqu'à 1 500 ouvriers français et 150 camions vident les logements ; à Paris, 38 000 y passent. Les objets sans valeur sont brûlés, les livres vont grossir la bibliothèque de l'École supérieure du parti nazi. À la fin de 1943, 24 000 wagons de marchandises ont emporté vers l'Est près d'un million de mètres cubes de meubles, destinés d'abord aux administrations allemandes des territoires occupés, puis vendus dans le Reich, en principe aux familles sinistrées par les bombardements.

Pour trier, il faut des bras. À partir de l'été 1943, l'occupant ouvre en plein Paris trois camps de travail forcé, annexes du camp de Drancy : au magasin Lévitan, 85-87 rue du Faubourg-Saint-Martin, confisqué à son propriétaire Wolff Lévitan en 1940, où arrivent 120 internés de Drancy le 18 juillet 1943 ; dans les entrepôts des Magasins généraux, au 43 quai de la Gare, le « magasin central » d'Austerlitz, à partir du 1er novembre ; à l'hôtel Cahen d'Anvers, 2 rue de Bassano, en mars 1944, où l'on coud aussi des vêtements pour les gradés SS. Quelque 800 Juifs y sont astreints, souvent des « conjoints d'aryens » ou des « demi-Juifs », provisoirement exclus de la déportation. Il s'agit, note le conservateur Olivier Jacquot, de « trier, classer, réparer et emballer les objets pillés », et d'effacer la trace des propriétaires : monogrammes de l'argenterie, ex-libris des livres. Le 12 août 1944, tous sont ramenés à Drancy pour un dernier convoi, qui ne partira pas : le camp est libéré le 17.

Les pianos du palais de Tokyo disent l'ampleur du pillage. L'ERR a son « commando musique », le Sonderstab Musik, que dirige le musicologue Herbert Gerigk : il traque partitions et manuscrits, et confisque les instruments, les plus ordinaires comme les plus précieux. D'après les demandes de restitution déposées après la guerre, quelque 8 000 pianos ont été volés en France entre 1942 et 1944. Certains, entreposés dans le sous-sol du palais, y sont encore à la Libération.

Page imprimée : « Biens israélites. Requête du commissaire gérant », annonce de la vente aux enchères de deux meubles à l'hôtel Drouot
Catalogue d'une vente de « biens israélites » à l'hôtel Drouot, salle n° 1, le 13 décembre 1943, sur requête du commissaire-gérant (musée d'art et d'histoire du Judaïsme) — Olevy — CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Paris libéré, il faut rendre. Une Commission de récupération artistique naît le 24 novembre 1944, un Service de restitution des biens des victimes des lois et mesures de spoliation le 30 janvier 1945 ; une ordonnance d'avril 1945 annule les ventes et liquidations de biens juifs opérées pendant la guerre. Sur quelque 100 000 œuvres d'art saisies en France, près de 60 000 reviennent d'Allemagne ; 45 000 sont rendues entre 1945 et 1950, environ 13 000 vendues par les Domaines, et quelque 2 000, les « MNR », confiées à la garde des musées. La question redevient brûlante dans les années 1990 : mission Mattéoli en 1997, commission d'indemnisation des victimes de spoliations (CIVS) en 1999, puis une loi du 22 juillet 2023 qui permet de restituer les œuvres spoliées entrées dans les collections publiques. Le sort des pianos du palais de Tokyo, lui, reste à documenter.

Aujourd'hui, l'aile est abrite le musée d'Art moderne de Paris, l'aile ouest un centre d'art contemporain. Ailleurs, la mémoire tient à des plaques : quai Panhard-et-Levassor, l'ancien quai de la Gare (13e), trois plaques rappellent le camp d'Austerlitz, dont une sur l'immeuble des numéros 41 et 43, à quelques centaines de mètres de la Bibliothèque nationale, où on le place souvent à tort.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.