Les Allemands la croient une employée inoffensive qui ne comprend pas leur langue ; elle la comprend parfaitement, et elle note tout pendant quatre ans.
Rose Valland a quarante et un ans en 1940. Fille d'un maréchal-ferrant de l'Isère, historienne de l'art, elle est attachée de conservation bénévole au musée du Jeu de Paume, dans le jardin des Tuileries. Elle est célibataire, discrète, effacée, ce qui va servir.
Dès l'automne 1940, l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, service de spoliation dirigé par Alfred Rosenberg, réquisitionne le Jeu de Paume pour y entreposer, trier et expédier les œuvres d'art confisquées aux collections juives et aux institutions françaises. Les Rothschild, les David-Weill, les Kann, les Bernheim-Jeune sont pillés. Göring vient personnellement choisir des pièces, à plusieurs reprises. Les tableaux dits dégénérés, Picasso, Ernst, Miró, Klee, sont mis à part pour être échangés ou brûlés.
Jacques Jaujard, directeur des Musées nationaux, qui a organisé l'évacuation des collections du Louvre en 1939, demande à Rose Valland de rester en place et d'observer.
Elle reste quatre ans. Les Allemands la tolèrent comme une gardienne subalterne et ne savent pas qu'elle parle allemand. Elle écoute les conversations, note les noms des convois, les numéros de wagons, les destinations, les noms des marchands complices, les cotes des œuvres. Elle recopie parfois de nuit les listes de la Sonderstab. Elle transmet à Jaujard.
Ses informations permettent à la Résistance de ne pas saboter les trains chargés d'œuvres d'art, et surtout, après la Libération, de retrouver les dépôts en Allemagne et en Autriche : Neuschwanstein, Altaussee. Elle est nommée capitaine de l'armée française, part en Allemagne avec les Monuments Men et supervise pendant des années les restitutions. Plus de soixante mille œuvres reviendront en France.
Elle publie "Le Front de l'art" en 1961. Elle meurt en 1980, à peu près inconnue. Sa reconnaissance publique est venue après 2000.