La Fayette rassemble ses fidèles aux Champs-Élysées contre les Jacobins — il n'est pas suivi

Champs-Élysées

Le peuple entrant au château des Tuileries le 20 juin 1792. Gravure de Jan Bulthuis, vers 1800, BnF.

Il avait quitté son armée pour sauver la constitution — la constitution ne l'attendait plus.

Le 28 juin 1792, La Fayette monte à la tribune de l'Assemblée nationale. Il a abandonné son quartier général de l'Armée du Centre — l'une des trois armées françaises engagées sur le front austro-prussien — et pris la route de Paris sans ordre, sans congé, en pleine guerre. C'est une insubordination militaire. Mais La Fayette a calculé : la journée du 20 juin vient de créer son moment.

Ce 20 juin, le peuple des faubourgs avait envahi le palais des Tuileries. Louis XVI avait subi deux heures de défilé, coiffé le bonnet phrygien, bu à la santé de la Nation — et refusé de retirer son veto contre les décrets sur les prêtres réfractaires. L'humiliation du roi avait produit un frémissement dans les quartiers bourgeois de l'Ouest parisien. La Fayette avait écrit à l'Assemblée quelques jours plus tôt pour dénoncer « la constitution française menacée par les factieux de l'intérieur ». Il entend désormais passer aux actes.

À la tribune, il réclame des mesures contre les Jacobins. La gauche tente de lui faire infliger un blâme pour insubordination : elle n'a pas les voix. La droite constitutionnelle l'acclame mais ne l'aide pas. La Cour refuse de s'appuyer sur lui — Louis XVI se méfie de cet homme depuis 1789. La Fayette propose au roi de se placer sous sa protection à Compiègne, où ses troupes sont massées. Louis refuse. Il espère mieux des puissances étrangères.

Le 29 juin, La Fayette convoque ses partisans avenue des Champs-Élysées pour « passer à l'acte ». L'avenue — longtemps lieu des revues de la garde nationale bourgeoise — doit servir de théâtre à une démonstration de force. Il ne viendra presque personne. Les sections du Marais et du faubourg Saint-Antoine ne se déplacent pas. La garde nationale des arrondissements bourgeois de l'Ouest, qu'il commandait encore un an plus tôt, reste chez elle.

Ce qui se passe aux Champs-Élysées est une démonstration d'impuissance : ni la révolution ne veut de lui, ni la contre-révolution ne peut s'en servir. La Fayette incarne ce que Marx analysera dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte comme la frange constitutionnelle de la bourgeoisie — trop avancée pour la Cour, trop effrayée par le peuple pour tenir sa position. Il n'y a pas de troisième camp.

Il regagne son armée les mains vides. Le 10 août 1792, la monarchie tombe. Le 19 août, accusé de trahison par la nouvelle Assemblée, La Fayette passe les lignes austro-prussiennes depuis Sedan avec quelques officiers. Il sera emprisonné cinq ans — d'abord par les Prussiens, puis par les Autrichiens, à Olmütz. L'homme qui voulait sauver la monarchie constitutionnelle finit geôlier des cours qu'il croyait tenir à distance.

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