Thomas Paine et Condorcet placardent la déchéance du roi à la Salle du Manège

Salle du Manège/Siège de l'Assemblée Constituante

Estampe de l'arrestation de Louis XVI à Varennes le 22 juin 1791.

©Musée de la Révolution française.

Louis XVI venait d'être ramené de Varennes comme un fugitif. Deux hommes en tirèrent la seule conclusion logique — et allèrent l'afficher à la porte de l'Assemblée.

Le 25 juin 1791, le roi de France rentre à Paris. Il avait fui à Varennes cinq jours plus tôt, capturé avant la frontière, rapporté dans une voiture close que le peuple accompagne en silence — les chapeaux restent sur les têtes, on ne salue plus. Louis XVI n'est plus un roi : c'est un homme qui a trahi son serment et tenté de rejoindre les armées ennemies pour écraser sa propre révolution.

L'Assemblée nationale constituante, elle, ne veut pas voir. Elle suspend le roi provisoirement, déclare qu'il a été « enlevé » malgré lui, invente une fiction juridique pour ne pas rompre avec la monarchie constitutionnelle. Les Feuillants — La Fayette en tête — poussent à l'amnistie, à l'oubli, à la stabilisation.

Thomas Paine ne parle pas français. Né en Angleterre, pamphlétaire de la révolution américaine — auteur de Common Sense (1776) —, il séjourne à Paris ce mois de juillet, travaille par traducteurs interposés. Le 1er juillet 1791, avec Nicolas de Condorcet et le jeune noble républicain Achille du Châtelet, il fait placarder à l'entrée de la Salle du Manège — là où siège l'Assemblée, à l'emplacement de l'actuel carrefour rue de Rivoli / rue de Castiglione — une affiche en français exigeant la déchéance du roi. Le texte paraît en même temps dans Le Républicain, la feuille qu'ils viennent de créer pour l'occasion.

L'argument est simple : un roi qui a fui ses fonctions a abdiqué de fait. Ce que le droit constitutionnel refuse d'admettre, la logique le commande. La France est déjà une république — elle refuse seulement de le dire.

L'Assemblée ne leur répond pas. Le placard est arraché. Les Cordeliers reprennent la revendication ; une pétition populaire circule. Le 17 juillet, la foule se rassemble au Champ de Mars pour la signer. La Garde nationale de La Fayette tire : on comptera une cinquantaine de morts. La loi martiale est décrétée. La presse républicaine est censurée. Paine, Condorcet et du Châtelet sont réduits au silence.

Condorcet sera élu à la Convention en 1792. Quand viendra le procès du roi, il refusera de voter la mort — opposé à la peine capitale par principe, il vote pour la réclusion à vie. Cela ne le sauvera pas : mis en accusation par la Montagne en juillet 1793, il se cachera neuf mois chez Mme Vernet, rue des Fossoyeurs. Il fuira le 13 mars 1794, sera arrêté à Bourg-la-Reine le 27, et mourra dans sa cellule deux jours plus tard. Il avait cinquante ans.

Thomas Paine sera arrêté le 28 décembre 1793 et emprisonné au Luxembourg. Le Comité de salut public le traite comme un ressortissant britannique — ennemi étranger depuis la déclaration de guerre à l'Angleterre — et ses positions modérées sur Louis XVI n'avaient pas plaidé en sa faveur. Il sera libéré après Thermidor.