La rue de Rivoli tient son nom d'une victoire : celle que Bonaparte remporta sur les Autrichiens les 14 et 15 janvier 1797, près du village de Rivoli, en Italie du Nord. L'arrêté consulaire du 6 floréal an XII (26 avril 1804) baptise officiellement le tronçon initial, entre ce qui deviendra le numéro 184 et la rue Saint-Florentin — une dénomination qui sonne comme un bulletin de victoire gravé dans le plan de Paris.
Mais le sol que la rue arpente est infiniment plus ancien. Dès le Moyen Âge, le tracé longe ou recoupe des réalités urbaines millénaires : les fossés de l'enceinte du XIe siècle affleurent encore au niveau du n° 144, les logettes d'écrivains publics prospèrent autour de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie (n° 88–96) de 1060 à la fin de l'Ancien Régime, et au n° 144 s'élève la demeure où Gaspard de Coligny est assassiné lors du massacre de la Saint-Barthélemy en 1572 — quelques heures après que Catherine de Médicis s'y est rendue pour, dit-on, négocier la paix. Le même immeuble abrite, vers 1600, l'enfance de la duchesse de Chevreuse, future grande frondeuse.
La Révolution s'empare littéralement de la rue. La Salle du Manège (n° 230–232) accueille successivement l'Assemblée constituante, la Législative et la Convention : c'est là que Le Chapelier fait voter la loi interdisant grèves et coalitions ouvrières (1791), que Robespierre plaide pour le mariage des prêtres, que Thomas Paine et Condorcet placardent une affiche réclamant la déchéance de Louis XVI, que la royauté est abolie en 1792. À quelques pas, au n° 29, Danton habite au moment de son mariage. Plus bas, la Tour Saint-Jacques (n° 39–41), seul vestige de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie démolie à la Révolution, marque encore le départ de l'un des chemins de Compostelle.
La physionomie actuelle de la rue est, elle, l'œuvre du XIXe siècle. Commencée sous le Consulat pour le tronçon occidental, prolongée sous la Monarchie de Juillet puis achevée sous le Second Empire grâce à une série de décrets d'expropriation échelonnés entre 1848 et 1854, la rue atteint sa pleine longueur vers 1855, devenant l'une des grandes trouées rectilignes de Paris. L'Hôtel Meurice (n° 228) s'y installe durablement, et le Café du Gaz (n° 31) illustre la modernité lumineuse qui fait de Rivoli, avec ses arcades et ses vitrines, une des promenades les plus copiées d'Europe.