Le 6 juin 1832, il ne reste qu’un îlot de résistance dans Paris : une centaine d’hommes, rue Saint-Martin, bientôt face au canon.
Depuis la veille, les funérailles du général Lamarque ont tourné à l’insurrection. Dans la nuit, l’armée a repris les faubourgs et refoulé les insurgés vers le centre. Au matin du 6 juin, les derniers républicains en armes tiennent le quartier Saint-Merri, autour de la rue Saint-Martin, à deux pas de l’église.
Leur chef s’appelle Charles Jeanne. Ce petit commerçant de trente-deux ans, qui habite le passage des Anglais, tout près de là, s’est battu contre Charles X en juillet 1830 et y a gagné la médaille de Juillet. Déçu par la monarchie de Louis-Philippe, il a suivi le convoi de Lamarque et vu les dragons charger la foule. Il est allé chercher ses armes, puis a rejoint d’autres révolutionnaires à l’hôtel Jabach, rue Saint-Martin, dont ils ont fait leur quartier général. Trois barricades en ferment les abords, dont une grande à l’angle de la rue Aubry-le-Boucher. Une centaine d’hommes s’y retranchent. Vers six heures et demie du soir, le 5, les premiers coups de feu sont échangés avec une colonne de la garde nationale ; blessé au rein, Jeanne reste à son poste.
Le lendemain, les assauts se succèdent sans venir à bout de la position. Pour en finir, l’armée amène une pièce de canon rue Aubry-le-Boucher et la pointe sur le quartier général des insurgés : l’artillerie de la monarchie a raison de la barricade. Quand tout est perdu, Jeanne et quelques compagnons se fraient un chemin à la baïonnette à travers les assaillants et parviennent à s’enfuir. Dans l’après-midi, aux Tuileries, Louis-Philippe peut annoncer aux députés de l’opposition venus plaider l’apaisement que le dernier îlot de résistance vient de tomber, et qu’il n’y a donc rien à négocier.
Jeanne est pourtant pris. Devant ses juges, il revendique chacun de ses actes et il est condamné à la déportation. De sa prison du Mont-Saint-Michel, il écrit à sa sœur des lettres qui racontent les barricades ; il meurt de la tuberculose en 1837, à Doullens, à trente-sept ans. Son récit inspirera Victor Hugo pour la barricade des « Misérables », que le romancier déplace rue de la Chanvrerie.
À l’angle des rues Saint-Martin et Aubry-le-Boucher, là où se dressait la grande barricade, un immeuble factice peint en trompe-l’œil cache aujourd’hui une cheminée d’aération du RER.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.