Vote d'une "grâce-amnistie" pour certains Communards, qui touche 3 300 condamnés ; certains refuseront courageusement d'être seulement "graciés"

Palais Bourbon/Chambre des députés

André Gill - Le maître serrurier. Clemenceau, dit Clé-des-Champs, La Lune Rousse, 1879

Le 3 mars 1879, la Chambre des députés adopte enfin une première loi d’« amnistie partielle » en faveur des condamnés de la Commune de Paris. On compte alors environ 13 450 condamnations depuis 1871, dont des milliers de déportations et de travaux forcés ; la nouvelle majorité républicaine, solidement installée depuis la démission de Mac‑Mahon en janvier, cherche à tourner la page tout en rassurant les milieux possédants.

Le texte voté ce jour‑là invente une étrange formule : la « grâce‑amnistie ». Ne sont amnistiés que les communards déjà graciés ou ceux qui obtiendront une grâce présidentielle dans les trois mois suivant la promulgation de la loi. Autrement dit, l’oubli juridique ne vaut que pour celles et ceux que l’exécutif accepte d’absoudre, au cas par cas. Au total, 3 300 condamnés environ bénéficient de cette mesure : des déportés rentrent de Nouvelle‑Calédonie, des contumaces se voient notifier qu’ils peuvent revenir en France sans risquer le procès.

Mais cette « grâce‑amnistie » a un prix politique : elle laisse hors du champ de la loi près de 1 300 condamnés, et surtout maintient l’idée que les communards ont commis des crimes de droit commun – incendies, pillages, meurtres – plus que des actes politiques. Victor Hugo et Louis Blanc, qui plaident depuis des années pour une amnistie pleine et entière, dénoncent ce dispositif mutilé : pour eux, on ne peut pas conditionner l’oubli à la repentance individuelle, encore moins faire dépendre la liberté de ceux de 1871 du bon vouloir du président.

Plusieurs communards, en exil ou graciés, refusent d’ailleurs d’accepter d’être simplement « pardonnés » pour des actes qu’ils assument comme insurrection populaire. Ils revendiquent le mot amnistie dans son sens fort – reconnaissance politique – et préfèrent parfois prolonger l’exil plutôt que demander grâce. Il faudra attendre la loi du 11 juillet 1880 pour que soit enfin votée une amnistie quasi générale, qui permettra le grand retour des exilés et fera de la date du 14 juillet le double symbole de la Révolution française et de la Commune retrouvée.