Au 123 de la rue Saint-Jacques, dans le cœur studieux de la Rive gauche, se dresse l'un des établissements scolaires les plus chargés d'histoire de France. Fondé par les jésuites sous le nom de collège de Clermont, il accueille dès l'époque moderne une galerie stupéfiante d'esprits : Molière, Voltaire, le marquis de Sade, Gassendi — autant de noms qui suffiraient à eux seuls à faire la gloire d'un lieu. En 1594, le collège est fermé et mis sous séquestre après la tentative d'assassinat de Jean Châtel contre Henri IV : les jésuites sont soupçonnés d'avoir fomenté le crime, et l'un d'eux, le père Guignard, est martyrisé. Rouverts, ils finissent par être expulsés du royaume en 1762, et l'établissement prend le nom de collège de Louis-le-Grand.
Le lieu forge alors les cerveaux de la Révolution. Robespierre, Danton et Camille Desmoulins y font leurs classes ensemble — ironie de l'histoire que ces futurs adversaires aient partagé les mêmes bancs. En 1775, le jeune Maximilien, 17 ans, doit réciter sous la pluie battante un compliment en latin au nouveau roi Louis XVI qui rentre de son sacre : une scène prémonitoire d'une amère ironie. Sous la Révolution, l'établissement devient collège de l'Égalité et une partie des bâtiments est transformée en maison d'arrêt du Plessis, où Gracchus Babeuf noue derrière les barreaux les premières alliances de la Conjuration des Égaux. Plus tard, Évariste Galois y invente les bases de l'algèbre moderne entre deux tentatives ratées d'entrer à Polytechnique, tandis que les frères Victor et Eugène Hugo y font leurs humanités dès 1815.
- XVIe siècle Collège de Clermont (fondé par les jésuites)
- 1594 Fermeture et mise sous séquestre après l'attentat de Jean Châtel
- 1682 Collège de Louis-le-Grand (après expulsion des jésuites en 1762, le nom perdure)
- 1792 — 1799 Collège de l'Égalité / Maison d'arrêt du Plessis (usage révolutionnaire)
- XIXe siècle — aujourd'hui Lycée Louis-le-Grand
Le lycée Louis-le-Grand est toujours en activité au 123 rue Saint-Jacques, réputé comme l'une des classes préparatoires les plus sélectives de France. Les bâtiments mêlent vestiges anciens et aménagements modernes. La cour intérieure conserve une atmosphère d'enclos studieux où cinq siècles d'histoire savante semblent encore palpables.