Au 155 de la rue Saint-Honoré, dans le cœur battant de Paris, le Café de la Régence est bien plus qu'un débit de boissons : c'est un carrefour de l'histoire intellectuelle, politique et révolutionnaire française. Fondé en 1681, il tient son nom du régent Philippe d'Orléans, et dès le milieu du XVIIIe siècle, il devient le quartier général des Encyclopédistes. Diderot, Voltaire, d'Alembert, Rousseau et Marmontel s'y retrouvent pour mettre au point, avec les libraires-imprimeurs Le Breton et Briasson, les grandes livraisons de l'Encyclopédie. Diderot y est si assidu qu'il y situe l'ouverture de son Neveu de Rameau — une scène de café qui sent la fumée de pipe et claque des pièces d'échecs.
Car la Régence est aussi le temple parisien des joueurs d'échecs. En 1787, un jeune officier corse fraîchement débarqué à Paris vient y tenter sa chance : Napoléon Bonaparte, venu régler les affaires financières de sa famille, y pousse les pions comme tant d'autres habitués. Quelques années plus tard, sous la Révolution, le café est sur l'itinéraire des charrettes menant à l'échafaud ; Jacques-Louis David s'y installe, croquant au passage Marie-Antoinette et Danton en route vers la guillotine. En 1815, les demi-soldes — ces officiers napoléoniens mis sur la touche par la Restauration — y noient leur amertume, provoquant régulièrement des heurts avec les officiers royalistes. Et c'est encore ici qu'en 1844, Friedrich Engels retrouve Karl Marx pour une conversation décisive où Marx lui expose sa conception matérialiste de l'Histoire.
- 1681 Fondation du café, probablement sous le nom de café de la Régence en référence à la régence d'Orléans
- 1750 — 1821 Haut lieu des Encyclopédistes et rendez-vous des joueurs d'échecs ; fréquenté par Diderot, Voltaire, Rousseau, d'Alembert
- 1793 — 1794 Site sur l'itinéraire des charrettes vers l'échafaud ; David y esquisse condamnés et spectateurs
- 1815 Repaire des demi-soldes de l'armée napoléonienne, théâtre de heurts avec les royalistes
- 1844 Lieu de la rencontre décisive entre Marx et Engels
Le bâtiment du 155 rue Saint-Honoré, dans le 1er arrondissement, a depuis longtemps perdu sa vocation de café historique. Le Café de la Régence — à ne pas confondre avec son homonyme qui s'installa plus tard au 161 — a disparu en tant qu'établissement au cours du XIXe siècle. Aucune enseigne ne perpétue aujourd'hui ce nom sur ce tronçon de la rue Saint-Honoré.