Détail d'une gravure allemande représentant l'attentat perpétré contre Coligny. Celui-ci y figure à cheval, en train de lire une missive. BnF.
Il n'y a pas eu de folie dans les rues de Paris ce 24 août : il y a eu une organisation, un signal, des listes, des armes distribuées, et une ville qui a découvert ce qu'elle était capable de faire.
Le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois résonne à deux heures du matin. C'est le signal convenu. Dans les quartiers, les bourgeois catholiques qui ont reçu des armes et des instructions sortent dans les rues. Les capitaines de quartier ont des listes. La ville s'organise pour tuer.
L'amiral Gaspard de Coligny dort dans son logis de l'Hôtel de Ponthieu, sur ce qui sera un jour appelé la rue de Rivoli. Il a soixante-deux ans. Depuis l'attentat du 22, ses doigts blessés ont été pansés, il est sous la protection d'une garde royale que le roi lui a affectée en promettant justice. Cette garde, dans la nuit, ouvre la porte. Henri de Guise commande le détachement qui monte. Jean Yanowitz, soldat d'origine polonaise au service des Guise, entre le premier dans la chambre. Il frappe Coligny d'un coup d'épée. Le corps est jeté par la fenêtre dans la cour. Henri de Guise se penche, reconnaît le visage de celui qui a tué son père, et donne l'ordre de continuer.
Dans Paris, le carnage dure plusieurs jours. On estime entre deux et trois mille morts dans la ville en quelques jours, peut-être dix mille dans tout le royaume dans les semaines qui suivent. Hommes, femmes, enfants portant l'étiquette protestante. Certains voisins dénoncent, d'autres cachent. La porte de Buci est fermée par Henri de Guise lui-même, sauvant ainsi les protestants du faubourg Saint-Germain qu'il connaît personnellement. Le duc de la Force, compagnon d'enfance du jeune Henri de Navarre, échappe en se faisant passer pour mort sous les cadavres.
Charles IX, que l'histoire a voulu croire horrifié, paraît aux fenêtres du Louvre et, selon certains témoins, tire lui-même à l'arquebuse sur les fuyards. Il mourra deux ans plus tard, à vingt-trois ans, en répétant dans ses cauchemars les mots "tous ces morts."
Le massacre de la Saint-Barthélemy restera, pour des siècles, le symbole de ce que l'intolérance religieuse organisée par le pouvoir peut produire dans une grande ville.