Au sud de Paris, le long du boulevard Jourdan qui honore le maréchal d'Empire, le parc Montsouris étale ses 15 hectares de pelouses vallonnées sur une ancienne butte qui porta, dit-on, jusqu'à une soixantaine de moulins à vent — les meuniers du Moyen Âge y broyaient le blé venu de Beauce. Bien avant que Jean-Charles Adolphe Alphand ne dessine ses allées anglaises sous le Second Empire, l'endroit était déjà marqué par la science : en 1806, sous Napoléon Bonaparte, on y dressa une mire pour matérialiser le passage du méridien de Paris, borne de référence que l'astronome François Arago contribua à pérenniser. À ses côtés trônait une curiosité architecturale : une reproduction du palais du Bardo, résidence des beys de Tunis, reconvertie en station météorologique — jusqu'à ce qu'un incendie ne l'emporte en 1991.
Le parc porte aussi des cicatrices plus sombres. Durant la Semaine sanglante de 1871, des combattants — déserteurs présumés et étrangers ayant rejoint la Commune — y sont massacrés par les troupes versaillaises. Une quarantaine d'années plus tard, le même espace verdoyant devient un salon de plein air pour une colonie d'émigrés russes : entre 1908 et 1912, Lénine, Zinoviev, Kamenev, Lounatcharsky et Karl Kautsky s'y retrouvent en poussant leurs landaus, conspirant à voix basse l'avenir de la Russie. En 1942, les nazis fondent deux œuvres d'art : le Monument de La Liberté d'Auguste Paris et la Lavandière de Paul-François Choppin disparaissent dans la fonte de guerre. Enfin, en 1995, un disque de bronze et 135 plots au sol — la Méridienne de Paris de Jan Dibbets — restituent au promeneur le tracé invisible du méridien originel.
- Moyen Âge Butte Montsouris : butte à moulins à vent pour la mouture du blé de Beauce
- 1806 Mire du Sud : borne de référence matérialisant le méridien de Paris, avec palais du Bardo en station météorologique
- 1806 — 1884 Mire de l'Observatoire : point géodésique actif, utilisé par Arago et ses successeurs
- 1871 Parc Montsouris : lieu de massacres pendant la Semaine sanglante de la Commune
- 1995 — aujourd'hui Méridienne de Paris / Parc Montsouris : parc public traversé par la ligne de bronze de Jan Dibbets marquant l'ancien méridien
Le parc Montsouris est aujourd'hui l'un des grands poumons verts du sud de Paris, librement accessible. On peut y suivre au sol les 135 plots de bronze de la Méridienne de Jan Dibbets (1995), qui rejoignent Montmartre en traversant toute la ville sur l'axe de l'ancien méridien. Le lac artificiel et les pelouses en pente douce en font un lieu de promenade apprécié des riverains de la Cité Universitaire toute proche.