Plantée au 252 bis de la rue Saint-Martin, dans le 3e arrondissement, Saint-Nicolas-des-Champs est l'une de ces églises parisiennes dont la pierre a absorbé des siècles de tourmente. Son histoire révolutionnaire commence dès 1790 : la foule se masse à la sortie de la messe pour conspuer le curé — coupable d'avoir chassé un chantre jugé trop progressiste — aux cris de « à bas la calotte ». Le ton est donné.
C'est ici que Jacques Roux, l'explosif vicaire dit « curé rouge », exerce à partir de 1791. Futur porte-parole des Enragés, il transforme sa cure en tribune sociale avant de porter sa fureur jusqu'à la Convention. En mai 1795 (2 prairial an III), le Directoire désacralise l'édifice d'un trait de plume : l'église devient Temple de l'Hyménée, vouée aux cérémonies civiles du mariage.
En juin 1832, l'église voisine la barricade de la rue Saint-Merri : une batterie de canons est positionnée dans les parages, et Michel Chrestien, républicain intransigeant, y trouve la mort lors de l'insurrection. Quarante ans plus tard, sous la Commune de 1871, les voûtes de Saint-Nicolas résonnent à nouveau — non de cantiques mais de délibérations : un club révolutionnaire animé notamment par Paulina Mekarska, Pierre Vésinier et Joseph Paysant y œuvre pour une tentative de fédération des clubs parisiens.
- Moyen Âge Échelle de justice des abbés de Saint-Magloire dressée devant l'église
- avant 1790 Église Saint-Nicolas-des-Champs, paroisse active du quartier Saint-Martin
- 21 mai 1795 (2 prairial an III) Temple de l'Hyménée — lieu de célébration des mariages civils par décret du Directoire
- après le Directoire Retour au culte catholique sous le nom d'église Saint-Nicolas-des-Champs
L'église Saint-Nicolas-des-Champs est toujours debout rue Saint-Martin et ouverte au culte. Classée monument historique, elle conserve un remarquable portail Renaissance et des œuvres d'art notables. Le quartier alentour, entre le Conservatoire des Arts et Métiers et la rue Saint-Merri, garde la mémoire dense de ces décennies d'insurrections.