Plantée à l'angle de la place qui porte son nom, l'église Saint-Germain-des-Prés est la plus vieille église de Paris — ou du moins celle dont les vestiges remontent le plus loin. La base de son clocher et la chapelle Saint-Symphorien datent du VIe siècle, fondées sous l'impulsion de Germain de Paris, évêque de la ville. Treize siècles de pierres superposées, de reconstructions et de sièges : le lieu tient de la forteresse autant que du sanctuaire.
En 1589, lors du siège de Paris, Henri IV grimpe dans ce clocher pour en faire un poste d'observation sur la ville qu'il entend reconquérir. Un usage très peu liturgique, mais parfaitement militaire. Deux siècles plus tard, la Révolution s'empare du bâtiment à sa manière : siège de la Section des Quatre-Nations puis de l'Unité entre 1790 et 1795, l'église est ensuite reconvertie en fabrique de salpêtre — le nerf de la guerre, la poudre à canon. Sur son parvis, en septembre 1792, éclatent les premiers massacres : Stanislas Maillard, à la tête d'une foule armée, y préside un tribunal improvisé dont les verdicts tombent comme des couperet.
Après un bref passage entre les mains des Théophilanthropes — ce culte déiste né sous le Directoire — l'église retrouve le catholicisme en 1801. Elle conserve une horloge mécanique qui, en 1817, compte parmi les dernières de ce type à Paris. Et sous l'Occupation, son confessionnal devient un poste de résistance clandestine : le père Emmanuel Lancrenon y glisse de faux papiers aux prisonniers évadés.
- 576 Église fondée par Germain de Paris, évêque de Paris — premiers vestiges du clocher et de la chapelle Saint-Symphorien
- 1589 Clocher utilisé comme observatoire militaire par Henri IV lors du siège de Paris
- 1790 — 1795 Siège de la Section des Quatre-Nations puis de la Section de l'Unité (usage civilo-révolutionnaire)
- 1793 — 1801 Église déchristianisée, reconvertie en fabrique de salpêtre, puis consacrée au culte théophilanthropique (1797-1806)
- 1801 Rétablie au culte catholique par le Concordat
- Aujourd'hui Église paroissiale catholique Saint-Germain-des-Prés
L'église est toujours en activité comme paroisse catholique. On peut y admirer les vestiges romans du clocher — l'un des plus anciens de France —, les chapiteaux mérovingiens conservés dans la chapelle Saint-Symphorien, ainsi que les peintures murales du XIXe siècle. La place devant elle est un des cœurs battants du quartier.