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Au 37 du quai d'Orsay, face à la Seine, s'élève ce palais néoclassique dont le nom est devenu synonyme de la diplomatie française. Construit au début du XIXe siècle, il est la maison des secrets d'État, des traités et des grandes manœuvres européennes.

En mars 1871, c'est ici que tout se joue dans la fièvre des jours qui précèdent la Commune. Adolphe Thiers s'y installe le 13 mars, préférant ce refuge cossu à son hôtel particulier de la place Saint-Georges — un choix calculé, à deux pas des ponts qui permettent de fuir vers la rive gauche. Le 17 au soir, il y réunit Joseph Vinoy, Louis d'Aurelle de Paladines, le nouveau préfet de police Valentin et Jules Ferry : ensemble, ils décident la saisie des canons de Montmartre et la répression du mouvement populaire. Le lendemain, 18 mars, quand tout s'effondre, Thiers s'échappe piteusement par la rue de l'Université. Quelques jours plus tard, Paschal Grousset s'empare du bâtiment au nom de la Commune, s'y installe comme délégué aux Affaires extérieures, mais ne remet pas en cause la paix signée avec Bismarck. En mai, pendant la Semaine sanglante, Mac Mahon en fait son second état-major.

Le siècle suivant lui réserve d'autres rendez-vous avec l'Histoire : en 1920, son célèbre salon de l'Horloge accueille la première séance de la Société des Nations ; en 1928, Aristide Briand et l'Américain Frank Billings Kellogg y signent devant 27 nations le pacte qui prétend mettre la guerre hors la loi. En juin 1940, dans la panique de l'exode, des fonctionnaires brûlent des archives dans la cour — sans toutefois penser à tout détruire.

Noms successifs du lieu

  • XIXe siècle Hôtel du ministre des Relations extérieures — siège de la diplomatie française
  • Mars 1871 Résidence et quartier général d'Adolphe Thiers avant la Commune
  • Avril — mai 1871 Siège de la délégation aux Affaires extérieures de la Commune (Paschal Grousset), puis second état-major versaillais (Mac Mahon)
  • 1940 — 1944 Réquisitionné par la Direction centrale de sécurité du Reich (SD/RSHA)
  • Aujourd'hui Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères — « le Quai d'Orsay »

Toponymie — quai d'Orsay

quai d'Orsay
Charles Boucher, seigneur d'Orsay, conseiller du Parlement, était prévôt des marchands lorsque la partie A du quai fut créée (1705).
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Événements à cette adresse

11 événements · 1871 — 1940
37 quai d' Orsay — 7e arr.
Ministère des Affaires étrangères
Des documents dont on ne voulait pas qu'ils tombent entre les mains des nazis sont brûlés dans la cour du ministère, mais pas ceux concernant le contrôle des étrangers, que la Gestapo retrouvera au château de Rochecotte en Touraine
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37 quai d' Orsay — 7e arr.
37 quai d' Orsay — 7e arr.
Ministère des Affaires étrangères (salon de l'horloge)
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37 quai d' Orsay — 7e arr.
37 quai d' Orsay — 7e arr.
Ministère des Affaires étrangères
Paschal Grousset s'empare du ministère au nom de la Commune ; devenu délégué aux Affaires extérieures, il ne remet pas en cause la paix signée avec Bismarck
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Personnage(s) : Léopold Boursier ·Paschal Grousset
37 quai d' Orsay — 7e arr.
Ministère des Affaires étrangères
Thiers convainc le gouvernement d'évacuer Paris, son vieux plan qui consiste à reculer pour mieux réprimer ; puis il s'enfuit. Il donne l'ordre d'évacuer les casernes pour rassembler les troupes à Versailles
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37 quai d' Orsay — 7e arr.
Ministère des Affaires étrangères
Ce soir-là, au ministère des Affaires étrangères, Thiers a tranché. Autour de lui : Vinoy, gouverneur militaire de Paris, Aurelle de Paladines, nommé commandant de la Garde nationale, Valentin, nouveau préfet de police…

Ce soir-là, au ministère des Affaires étrangères, Thiers a tranché. Autour de lui : Vinoy, gouverneur militaire de Paris, Aurelle de Paladines, nommé commandant de la Garde nationale, Valentin, nouveau préfet de police, et Jules Ferry, maire de Paris. Le conseil est élargi aux chefs militaires — c'est en réalité un conseil de guerre.

La décision est simple dans son principe : avant l'ouverture de la session de l'Assemblée à Versailles le 20 mars, l'armée reprendra les canons de la Garde nationale fédérée — 227 pièces entreposées à Montmartre et Belleville, achetées par souscription populaire pendant le siège prussien. L'opération doit être menée avant l'aube, par surprise. Dans un second temps, les principaux meneurs révolutionnaires seront arrêtés.

Thiers est pressé d'agir. Il a déjà échoué deux fois : le 8 mars au Luxembourg, le 16 mars place des Vosges. Cette fois, le plan semble imparable. La neige et la pluie des derniers jours auront dispersé les gardes. Un ordre — signé frauduleusement au nom de Clemenceau, maire du 18e — a renvoyé les factionnaires dans leurs foyers. Vinoy et Aurelle de Paladines jugent l'opération prématurée et font remarquer qu'il faudrait près de 2 000 chevaux pour déplacer toutes les pièces. Thiers balaie leurs réserves.

Dans la nuit, une proclamation est placardée dans Paris : les « hommes malintentionnés » qui ont élevé des retranchements et « braqué des canons » vont être livrés à la justice. La décision est prise. Il reste à l'exécuter.

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37 quai d' Orsay — 7e arr.
Ministère des Affaires étrangères
Thiers est rentré à Paris le 13 mars pour reprendre la main avant l'ouverture de l'Assemblée à Versailles le 20. Son choix de résidence en dit long : plutôt que son hôtel particulier de la place Saint-Georges, au cœur…

Thiers est rentré à Paris le 13 mars pour reprendre la main avant l'ouverture de l'Assemblée à Versailles le 20. Son choix de résidence en dit long : plutôt que son hôtel particulier de la place Saint-Georges, au cœur d'un Paris agité, il s'installe au ministère des Affaires étrangères, quai d'Orsay — bâtiment officiel, plus défendable, à l'écart des faubourgs populaires de l'est et du nord.

C'est de là qu'il orchestre le plan de reprise des canons de Montmartre et Belleville, accumulés par la Garde nationale depuis janvier. Il entend frapper vite, avant que la Fédération ne se consolide davantage — le 15 mars, précisément, 1 325 délégués élisent au Tivoli Wauxhall le Comité central définitif.

Trois jours plus tard, l'opération tourne au désastre. Thiers quittera le quai d'Orsay par un escalier dérobé donnant sur la rue de l'Université, en voiture, vers Versailles — d'où il ne reviendra qu'en vainqueur, après avoir fait écraser dans le sang la Commune, deux mois plus tard.

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Personnage(s) : Adolphe Thiers
37 quai d' Orsay — 7e arr.
Ministère des Affaires étrangères
Le gouvernement convoque les maires afin de les convaincre de la nécessité d'un armistice ; en fait une capitulation de Paris
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37 quai d' Orsay — 7e arr.
37 quai d' Orsay — 7e arr.

Aujourd'hui

Le bâtiment abrite toujours le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, dont le surnom « le Quai d'Orsay » est entré dans toutes les langues. Le salon de l'Horloge, avec ses dorures et ses grandes pendules, reste la salle des grandes signatures. Des journées du Patrimoine permettent parfois au public d'en franchir les grilles.

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