Gouvernement Provisoire, 24 Février 1848, Maurin Illustrateur BnF
Ce soir-là, au ministère des Affaires étrangères, Thiers a tranché. Autour de lui : Vinoy, gouverneur militaire de Paris, Aurelle de Paladines, nommé commandant de la Garde nationale, Valentin, nouveau préfet de police, et Jules Ferry, maire de Paris. Le conseil est élargi aux chefs militaires — c'est en réalité un conseil de guerre.
La décision est simple dans son principe : avant l'ouverture de la session de l'Assemblée à Versailles le 20 mars, l'armée reprendra les canons de la Garde nationale fédérée — 227 pièces entreposées à Montmartre et Belleville, achetées par souscription populaire pendant le siège prussien. L'opération doit être menée avant l'aube, par surprise. Dans un second temps, les principaux meneurs révolutionnaires seront arrêtés.
Thiers est pressé d'agir. Il a déjà échoué deux fois : le 8 mars au Luxembourg, le 16 mars place des Vosges. Cette fois, le plan semble imparable. La neige et la pluie des derniers jours auront dispersé les gardes. Un ordre — signé frauduleusement au nom de Clemenceau, maire du 18e — a renvoyé les factionnaires dans leurs foyers. Vinoy et Aurelle de Paladines jugent l'opération prématurée et font remarquer qu'il faudrait près de 2 000 chevaux pour déplacer toutes les pièces. Thiers balaie leurs réserves.
Dans la nuit, une proclamation est placardée dans Paris : les « hommes malintentionnés » qui ont élevé des retranchements et « braqué des canons » vont être livrés à la justice. La décision est prise. Il reste à l'exécuter.