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Au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, au 5 de la rue Descartes, se dresse un bâtiment qui a traversé sept siècles d'histoire sans quitter sa colline. Tout commence en 1304 : Jeanne de Navarre, reine de France et épouse de Philippe IV le Bel, fonde ici le collège de Navarre, qui devient vite le plus prestigieux de Paris. Richelieu, Bossuet, Condorcet y étudient. En 1418, les Bourguignons le mettent à sac. En 1456, le poète François Villon y dérobe 500 écus d'or — ce coup de main lui inspirera son Petit Testament et lui vaudra l'exil.

La Révolution reconvertit les lieux : la chapelle abrite en 1790 la Section du Panthéon français, et en 1794 naît l'École polytechnique, que Bonaparte y installe définitivement en 1804. L'école devient le vivier des ingénieurs et savants de la République et de l'Empire — au point que Louis XVIII la ferme brutalement en 1816 pour se débarrasser des élèves trop napoléoniens. Elle rouvre, mais l'esprit de révolte persiste : en février 1848, les élèves forcent eux-mêmes les portes pour rejoindre l'insurrection dans les rues.

L'épisode le plus sombre survient en mai 1871, lors de la Semaine sanglante. Une cour martiale s'installe dans les murs de l'école ; des fédérés — déserteurs, étrangers ayant combattu pour la Commune — sont jugés en quelques minutes et fusillés dans la grande cour ou massacrés dans le jardin. Un témoin rapporte un amas de cadavres s'étendant sur une centaine de mètres. En 1970, l'école referme ce cycle de violence et d'histoire en admettant pour la première fois une femme dans ses rangs : Anne Chopinet.

Noms successifs du lieu

  • 1304 Collège de Navarre, fondé par Jeanne de Navarre
  • 1790 Chapelle convertie en siège de la Section du Panthéon français
  • 1794 — 1804 École polytechnique créée, puis installée dans les bâtiments du collège de Navarre
  • 1804 — 1976 École polytechnique, siège parisien de la grande école d'ingénieurs
  • 1976 — aujourd'hui Bâtiments reconvertis après le départ de l'école pour Palaiseau

Toponymie — rue Descartes

1809
rue Bordet
Dénomination antérieure
Aujourd'hui
Rue Descartes
Dénomination actuelle
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Événements à cette adresse

12 événements · 1304 — 1970
5 rue Descartes — 5e arr.
Cour prévôtale de l'École polytechnique — Cour martiale — Lieu de massacre de Communards
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Personnage(s) : Fédérés
5 rue Descartes — 5e arr.
5 rue Descartes — 5e arr.
Jardin de l'École polytechnique — Lieu de massacre de Communards
Sur la montagne Sainte-Geneviève, la bataille est perdue pour la Commune. Dans le jardin de Polytechnique, les exécutions commencent. Le 24 mai 1871 au soir, les Versaillais tiennent le Panthéon. Le 2e corps du général…

Sur la montagne Sainte-Geneviève, la bataille est perdue pour la Commune. Dans le jardin de Polytechnique, les exécutions commencent.

Le 24 mai 1871 au soir, les Versaillais tiennent le Panthéon. Le 2e corps du général de Cissey a enlevé le Quartier latin barricade après barricade, et la répression y est particulièrement féroce : une quarantaine de fédérés ont été fusillés rue Saint-Jacques, avec Raoul Rigault, membre du Conseil de la Commune. Sous les ordres de Maxime Lisbonne et d’Eugène Varlin, les derniers défenseurs de la rive gauche se sont repliés par la rue Mouffetard et la rue des Gobelins vers la Butte-aux-Cailles, où le général Wroblewski a mis seize canons en batterie.

Le 25 mai, pendant qu’on se bat encore là-bas, les exécutions continuent à l’arrière du front. À deux pas du Panthéon, l’École polytechnique occupe depuis 1804, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, les locaux de l’ancien collège de Navarre. Son jardin devient un lieu de massacre. On y fusille en priorité les soldats de l’armée régulière passés à la Commune, que l’on tient pour déserteurs, et les étrangers venus se battre pour elle. Selon un témoin, le tas de cadavres s’étendait sur cent mètres de long.

Le même jour, la Butte-aux-Cailles, attaquée de trois côtés, finit par tomber. Wroblewski se replie de justesse avec un millier d’hommes et quelques canons, franchit le pont d’Austerlitz avant que les Versaillais ne s’en emparent et gagne la rive droite, sa retraite couverte par l’incendie du Grenier de réserve. La rive gauche est tout entière aux mains de l’armée ; le lendemain, sur les marches du Panthéon, le député de la Seine Jean-Baptiste Millière est fusillé sommairement.

Ces tueries n’ont rien d’un débordement isolé. Pour l’historien Jacques Rougerie, « le vainqueur procéda à des massacres systématiques » : les soldats ratissent les quartiers, arrêtent au moindre soupçon, exécutent. Il en fait porter la responsabilité d’abord aux généraux de corps d’armée, bonapartistes ou monarchistes, comme Cissey, dont les troupes opèrent sur la rive gauche, alors que les massacres sont presque inexistants dans le Nord de Paris, sous les ordres du républicain Clinchant. L’historien britannique Robert Tombs parle, lui, de « tueries organisées et quasi légales », qui visent d’abord les prisonniers portant les marques des classes populaires, perçues comme dangereuses. Le nombre total des victimes de la Semaine sanglante, lui, reste débattu depuis 1871 : de l’ordre de dix mille selon Jacques Rougerie.

Polytechnique a quitté la montagne Sainte-Geneviève pour Palaiseau en 1976. Ses anciens bâtiments, le long de la rue Descartes, abritent depuis 1983 le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

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Personnage(s) : Fédérés
5 rue Descartes — 5e arr.
5 rue Descartes — 5e arr.
5 rue Descartes — 5e arr.
Collège de Navarre — Collège de Tournai — Collège de Boncourt
Emplacement : emplacement de l'École polytechnique
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5 rue Descartes — 5e arr.
Chapelle du collège de Navarre — Section Ste Geneviève — Section du Panthéon français
Emplacement : lieu disparu
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5 rue Descartes — 5e arr.
5 rue Descartes — 5e arr.
Collège de Navarre
Mise à sac du collège de Navarre par les Bourguignons malgré le revirement de l'Université
Emplacement : emplacement de l'École polytechnique
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Personnage(s) : Benoît Gencien
5 rue Descartes — 5e arr.
Collège de Navarre
Collège fondé par Jeanne de Navarre, le plus prestigieux de Paris
Emplacement : emplacement de l'École polytechnique
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5 rue Descartes — 5e arr.

Aujourd'hui

Depuis le départ de l'École polytechnique pour son campus de Palaiseau (vers 1976), les bâtiments historiques de la rue Descartes accueillent notamment l'École nationale supérieure des arts et métiers (ENSAM) et diverses institutions universitaires. La grande cour et la façade classique sont toujours visibles depuis la rue.

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