Au 60 du boulevard Saint-Michel, l'École des Mines occupe un bâtiment imposant dont l'histoire déborde largement les salles de cours et les laboratoires. Le site fut d'abord connu comme Hôtel de Vendôme : c'est là que résidèrent, sous le Premier Empire, le maréchal François Joseph Lefebvre et son épouse Catherine Hubscher, la célèbre blanchisseuse lorraine immortalisée dans Madame Sans-Gêne. Un beau destin pour une ancienne lessiveuse devenue duchesse de Dantzig.
Sous la Commune de 1871, l'école se mue brièvement en laboratoire d'armement : le médecin François-Louis Parisel, convaincu que la science peut sauver Paris des Versaillais, y dirige des recherches sur de nouveaux engins de guerre. En 1918, la réalité rattrape les murs : un obus de la redoutable Grosse Bertha s'écrase sur l'édifice, rappelant que le front n'est jamais très loin.
La Seconde Guerre mondiale inscrit les pages les plus sombres. Les laboratoires sont réquisitionnés par l'occupant et affectés au service photographique de l'armée allemande de 1940 à 1944. En 1943, le bâtiment est le théâtre d'un épisode rocambolesque de la Résistance : une tentative d'exécution du collaborateur Gustave Bruneton tourne à la bavure interne — Arpen Tavitian, du réseau Manouchian, est blessé par un de ses propres camarades qui l'avait pris pour un policier cherchant à arrêter Olga Bancic. À la Libération, en août 1944, des combats se déroulent autour de l'école avant que Paris ne retrouve sa liberté.
- 1805 Hôtel de Vendôme — résidence du maréchal Lefebvre et de Catherine Hubscher
- XIXe siècle École des Mines de Paris — établissement d'enseignement supérieur scientifique
- 1871 Laboratoire d'armements de la Commune (usage exceptionnel)
- 1940 — 1944 Laboratoires réquisitionnés par le service photographique allemand
- Aujourd'hui École nationale supérieure des mines de Paris (Mines Paris – PSL)
L'école, aujourd'hui connue sous le nom de Mines Paris – PSL, est toujours en activité au 60 boulevard Saint-Michel. Le site abrite également le musée de Minéralogie, ouvert au public, qui conserve une collection de minéraux et de gemmes parmi les plus riches d'Europe — une curiosité accessible à deux pas du jardin du Luxembourg.