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5 octobre 1944
Événement

L'ordonnance du 5 octobre 1944 confirme le droit de vote des femmes françaises

Palais Bourbon
L'ordonnance du 5 octobre 1944 confirme le droit de vote des femmes françaises
Scan d'une carte d'électeur française de septembre 1945. Carte utilisée par une femme le 21 octobre 1945 pour le second vote des femmes pour les élections à l’Assemblée constituante.

Il aura fallu cent cinquante-cinq ans depuis la marche sur Versailles pour que les femmes qui firent les révolutions françaises obtiennent le droit de voter dans la République qu'elles avaient contribué à fonder.

Le suffrage universel masculin date de 1848. Le mot "universel" excluait alors la moitié de l'humanité sans que cela parût contradictoire. Le combat pour le droit de vote des femmes traverse toute la Troisième République : Hubertine Auclert dépose des bulletins illégaux dans les urnes dès 1880, la Chambre des députés vote le suffrage féminin à plusieurs reprises entre 1919 et 1936, et le Sénat, dominé par les radicaux qui craignent le vote clérical des femmes, le rejette systématiquement.

C'est la guerre qui débloque la situation. Le 24 mars 1944, à l'Assemblée consultative provisoire d'Alger, le député communiste Fernand Grenier dépose un amendement accordant aux femmes le droit de vote et l'éligibilité. Il est adopté par cinquante et une voix contre seize. L'ordonnance du 21 avril 1944, signée par le général de Gaulle au nom du Comité français de libération nationale, en fait un texte de droit. Son article 17 est d'une brièveté remarquable : "Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes."

L'ordonnance du 5 octobre 1944, adoptée à Paris libéré, confirme et organise l'application de ce droit dans le cadre de la refonte du système électoral français. Le Gouvernement provisoire de la République française siège alors au Palais-Bourbon, quai d'Orsay.

Les femmes votent pour la première fois le 29 avril 1945, aux élections municipales. Puis en octobre 1945 pour l'Assemblée constituante. L'absence de deux millions et demi de prisonniers, déportés et requis du STO fait que le corps électoral de ce scrutin est majoritairement féminin.

Trente-trois femmes sont élues à la première Constituante, dont dix-sept communistes. Parmi elles, Marie-Claude Vaillant-Couturier, survivante d'Auschwitz et de Ravensbrück, qui viendra témoigner à Nuremberg. La République a mis un siècle et demi à reconnaître comme citoyennes celles qui avaient marché sur Versailles en 1789.