Deux ans jour pour jour après la mort de Guy Môquet et de ses camarades, trois grenades explosent dans des lieux où les officiers allemands croyaient être chez eux.
Le 20 octobre 1941, le colonel Karl Hotz, commandant allemand de Nantes, avait été abattu par Gilbert Brustlein et ses camarades des Bataillons de la Jeunesse. La riposte allemande fut immédiate et calculée : quarante-huit otages fusillés, vingt-sept à Châteaubriant le 22 octobre, dont Guy Môquet, dix-sept ans, seize à Nantes, cinq au Mont-Valérien. À Bordeaux, cinquante otages furent fusillés dans les mêmes jours après l'exécution du conseiller Reimers.
Les listes d'otages avaient été établies avec le concours des autorités françaises. Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur, avait accepté de désigner prioritairement des communistes internés, ce qui lui vaudra d'être fusillé à Alger en 1944.
Le 22 octobre 1943, deux ans jour pour jour, les FTP-MOI conduisent une série d'actions coordonnées à Paris, explicitement présentées comme une riposte aux otages de Châteaubriant, de Nantes et de Bordeaux.
Georges Cloarec, jeune Breton engagé dans les FTP-MOI, attaque à la grenade un salon-bar réservé aux officiers allemands et aux gestapistes, 17 rue de Choiseul dans le 2e arrondissement, ainsi qu'un établissement du 1 rue de Hanovre. Marcel Rajman, Celestino Alfonso et Leo Kneler grenadent le café La Terrasse, 74 avenue de la Grande-Armée dans le 17e arrondissement, fréquenté par des membres de la Gestapo.
Le choix des cibles a un sens. Ce ne sont pas des objectifs militaires mais des lieux de loisir : bars, restaurants, salons. Il s'agit de signifier à l'occupant qu'il n'existe plus dans Paris un seul endroit où il puisse se croire tranquille.
Trois semaines plus tard, le 16 novembre 1943, les Brigades spéciales de la police française arrêtent l'essentiel du groupe. Rajman, Alfonso et Cloarec seront fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944 avec Manouchian et les autres.