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25 février 1920
Événement

Bataille rangée entre Dadaïstes et Cubistes dissidents, du groupe de la "Section d'or"

Restaurant "La Closerie des Lilas"
Bataille rangée entre Dadaïstes et Cubistes dissidents, du groupe de la "Section d'or"
De gauche à droite rangée affière: Louis Aragon, Theodore Fraenkel, Paul Eluard, Emmanuel Faÿ (frère de Bernard Faÿ). Deuxième rangée: Paul Dermée, Philippe Soupault, Georges Ribemont-Dessaignes, anonyme, 1921.

Le 25 février 1920, la Closerie des Lilas, au carrefour Vavin, n’est pas seulement un café de plus dans le Paris littéraire : c’est un ring. D’un côté, les dadaïstes emmenés par Tristan Tzara, fraîchement installé à Paris, entouré d’André Breton, Philippe Soupault et de leurs complices. De l’autre, des artistes et écrivains proches des cubistes dissidents de la « Section d’or », attachés à une avant‑garde plus construite, plus « sérieuse », qui voient dans Dada une agitation gratuite, une provocation sans œuvre.

La tension couvait depuis quelque temps déjà, à coups de manifestes, de tracts, de petites phrases dans les journaux et de soirées houleuses. À la Closerie, elle tourne à la bataille rangée : insultes, coups, verres qui volent, chaises renversées. On s’arrache des manifestes, on déchire des brochures, on règle des comptes esthétiques mais aussi de personnes. Car derrière les grands mots – « destruction », « construction », « esprit nouveau » – se jouent des rivalités d’ego, des questions de leadership sur la scène d’avant‑garde parisienne.

Pour les dadaïstes, il s’agit de pousser jusqu’au bout la logique de rupture : moquer les vieilles formes, refuser les systèmes, faire de l’art un geste de sabotage joyeux. Pour leurs adversaires du soir, cette radicalité tourne au nihilisme et menace de dissoudre tout ce qui a été patiemment conquis depuis le cubisme. La bagarre de la Closerie, avec ses airs de rixe de café, condense cette opposition : d’un côté ceux qui veulent tout dynamiter, de l’autre ceux qui entendent garder un socle, même bouleversé.

L’épisode, devenu presque légendaire, marque aussi un tournant. Peu après, Breton et Soupault, puis d’autres, infléchiront le geste dada vers ce qui deviendra le surréalisme : moins la provocation pure que la construction d’un nouveau territoire poétique, nourri de rêve, d’inconscient et d’écriture automatique. La soirée du 25 février 1920, avec ses éclats et ses coups, ressemble rétrospectivement à une scène de rupture entre deux âges de l’avant‑garde.