Au carrefour de l'Observatoire et du boulevard du Montparnasse, la Closerie des Lilas occupe depuis le milieu du XIXe siècle un angle béni des dieux — ou plutôt des muses. Son nom évoque un jardin fleuri, et c'est bien cela : un refuge ombragé où les lilas, réels ou rêvés, servent de décor à des générations d'artistes. Dès 1883, le lieu attire les fidèles de la bohème parisienne : Paul Verlaine, Alfred Jarry, Charles Cros ou le jeune André Gide s'y croisent dans la fumée et le bruit des chopes.
Le vrai règne de la Closerie commence avec Paul Fort, couronné « prince des poètes » en 1912. Ses fameux mardis littéraires transforment le café en parlement de la poésie française, où défilent Alain-Fournier, Émile Verhaeren ou Laurent Tailhade. Mais la maison ne se cantonne pas aux lettres : en 1910, Lénine y affronte Trotski et Apollinaire sur un échiquier ; la même année, les futurs Cubistes — Léger, Delaunay, Metzinger — y tiennent leurs réunions du mardi.
La violence littéraire éclate le 25 février 1920 : une bataille rangée oppose les dadaïstes de Tristan Tzara et les dissidents cubistes de la « Section d'or », avec Breton et Soupault en première ligne. En 1925, un banquet du Mercure de France vire au scandale surréaliste, et en 1935, c'est ici que se noue la rupture entre les surréalistes et le PCF, autour de l'affaire Ehrenbourg-Breton. Sous l'Occupation, la Closerie ne perd rien de son énergie souterraine : Danielle Casanova y confie à Albert Ouzoulias la direction des Bataillons de la Jeunesse, tandis que Simone de Beauvoir et Maurice Merleau-Ponty y réunissent le groupe « Socialisme et Liberté ».
Noms successifs du lieu
- XIXe siècle Établissement de plein air avec bosquets de lilas, fréquenté par les étudiants et promeneurs du boulevard
- 1883 Restaurant-brasserie fréquenté par la bohème artistique et littéraire parisienne
- 1912 — 1920 Haut lieu des mardis littéraires de Paul Fort, puis théâtre de la guerre dada-cubiste
- 1924 — 1935 Rendez-vous des expatriés américains (Hemingway, Fitzgerald, Dos Passos) et scène des querelles surréalistes
- 1941 Point de rencontre clandestin sous l'Occupation (réseau communiste, groupe Socialisme et Liberté)
- Aujourd'hui Café-brasserie-restaurant en activité, monument vivant du Paris littéraire
Toponymie — boulevard du Montparnasse
Événements à cette adresse
11 événements · 1883 — 1941Aujourd'hui
La Closerie des Lilas fonctionne toujours au 171 boulevard du Montparnasse. L'établissement comprend un bar, une brasserie et un restaurant. Des plaques rappellent les habitués illustres — Hemingway, Lénine, Apollinaire — et l'atmosphère Art déco du bar fait encore le bonheur des amateurs de lieux chargés d'histoire.