Blanqui, conduit par de Flotte, rencontre Lamartine au ministère des Affaires étrangères

Ministère des Affaires étrangères (1820-1853)

Lamartine de Alphonse, Membre du Gouvernement Provisoire Ministre des Affaires Étrangères - estampe - BnF

Au 37-43, boulevard des Capucines (IIe arr.), deux hommes que tout oppose s'enferment seul à seul pendant trois heures. Dehors, Paris retient son souffle.

La scène est improbable. D'un côté, Alphonse de Lamartine, poète, orateur, chef de fait du gouvernement provisoire, l'homme qui a proclamé la République en février et qui gouverne à la force du verbe. De l'autre, Louis-Auguste Blanqui, conspirateur professionnel, vétéran de toutes les insurrections depuis 1827, que la bonne société considère comme le diable en personne. On est à huit jours des élections à la Constituante, et la tension entre républicains modérés et clubs révolutionnaires est à son comble.

C'est Paul de Flotte, officier de marine et futur héros de la Commune, qui sert d'intermédiaire. Il conduit Blanqui au ministère des Affaires étrangères, où Lamartine a ses bureaux. La rencontre stupéfie l'entourage du ministre : recevoir Blanqui, c'est recevoir l'insurrection en personne.

L'entrevue dure trois heures. Trois heures en tête-à-tête entre le poète du pouvoir et le révolutionnaire des cachots. De quoi ont-ils parlé ? Les sources sont maigres. On sait que Blanqui cherche à repousser les élections — il estime que le peuple de Paris n'est pas prêt, que la province conservatrice va écraser la République sociale. Lamartine refuse. Le lendemain, la journée du 16 avril tentera sans succès de renverser le gouvernement provisoire.

Deux visions de la République, face à face dans un salon ministériel. Aucune n'a convaincu l'autre.

Bibliographie