Le boulevard des Capucines doit son nom aux religieux du couvent des Capucines dont il longeait autrefois les jardins. Ouvert par lettres patentes de juillet 1676, il s'inscrit dans la grande ceinture des Grands Boulevards qui ceinture Paris du nord-ouest au nord-est. Sa largeur généreuse — plus de 35 mètres — en fait dès l'origine une promenade autant qu'une voie de circulation. À l'angle du boulevard et de la rue des Capucines se dressait l'hôtel dit de la Colonnade, propriété en 1787 du ministre Bertin, puis du receveur général Septeuil ; sous l'Empire, Berthier, prince de Wagram, l'occupe à son tour, et c'est dans cet hôtel que Bonaparte aurait fait la connaissance de Joséphine.
Le boulevard se transforme en laboratoire des curiosités optiques et visuelles dès les premières décennies du XIXe siècle. Au n° 25, James Thayer et Pierre Prévost installent à partir de 1806 un panorama de 32 mètres de diamètre sur l'emplacement du cirque Franconi ; aux n° 19–21 trône, de 1823 à 1833, un globe de 14 mètres offrant une représentation inversée de la Terre vue de l'intérieur. C'est pourtant au n° 37–43 qu'est accomplie la percée décisive : en 1839, Louis Daguerre y expérimente pour la première fois le daguerréotype, inventant d'un coup le regard moderne. La photographie ne quitte plus le boulevard : Nadar ouvre en 1860 son célèbre atelier au n° 35, que son demi-frère Adrien Tournachon avait déjà fréquenté quelques années plus tôt au n° 11.
La politique s'y invite avec la même intensité. Le n° 13 est, en 1843, le domicile du poète révolutionnaire Georg Herwegh, qui héberge quelques jours Karl Marx et Arnold Ruge à leur arrivée à Paris. En 1848, le même immeuble sert de quartier général à la Légion démocratique des volontaires allemands qui partent se battre outre-Rhin. Et c'est au n° 37–43, ce soir du 23 février 1848, que le sergent Giacomoni tire sur un manifestant voulant forcer le passage vers la Madeleine : le coup de feu déclenche la fusillade du 14e de ligne contre la foule — 52 morts selon les comptes — et embrasse la révolution qui renverse Louis-Philippe.
Le n° 35, anciens ateliers de Nadar, accueille en avril 1874 la première exposition impressionniste : 165 toiles, 30 participants — Monet, Pissarro, Degas, Morisot, Guillaumin —, et un critique qui forge par dérision le mot « impressionnisme » en se moquant d'une toile de Monet représentant le port du Havre. Monet peint d'ailleurs depuis les fenêtres du même immeuble ses vues plongeantes sur le boulevard en mouvement. En 1881, la sixième exposition des Impressionnistes revient en ces mêmes murs, plus resserrée — 13 participants seulement. Entre-temps, au n° 12, le Grand Hôtel (futur Grand Hôtel avec son Café de la Paix) ouvre en 1862, assez grand pour servir en 1871 de quartier général à l'amiral Saisset dans sa résistance au Comité central de la Garde nationale.