37–43 boulevard des Capucines
Toponymie — boulevard des Capucines
Événements à cette adresse
6 événements · 1822 — 1848Au 37-43, boulevard des Capucines (IIe arr.), deux hommes que tout oppose s'enferment seul à seul pendant trois heures. Dehors, Paris retient son souffle.
La scène est improbable. D'un côté, Alphonse de Lamartine, poète, orateur, chef de fait du gouvernement provisoire, l'homme qui a proclamé la République en février et qui gouverne à la force du verbe. De l'autre, Louis-Auguste Blanqui, conspirateur professionnel, vétéran de toutes les insurrections depuis 1827, que la bonne société considère comme le diable en personne. On est à huit jours des élections à la Constituante, et la tension entre républicains modérés et clubs révolutionnaires est à son comble.
C'est Paul de Flotte, officier de marine fouriériste, qui sert d'intermédiaire. Il conduit Blanqui au ministère des Affaires étrangères, où Lamartine a ses bureaux. La rencontre stupéfie l'entourage du ministre : recevoir Blanqui, c'est recevoir l'insurrection en personne.
L'entrevue dure trois heures. Trois heures en tête-à-tête entre le poète du pouvoir et le révolutionnaire des cachots. De quoi ont-ils parlé ? Les sources sont maigres. On sait que Blanqui cherche à repousser les élections — il estime que le peuple de Paris n'est pas prêt, que la province conservatrice va écraser la République sociale. Lamartine refuse. Le lendemain, la journée du 16 avril tentera sans succès de renverser le gouvernement provisoire.
Deux visions de la République, face à face dans un salon ministériel. Aucune n'a convaincu l'autre.
Répression par le 14ème de ligne d'une manifestation boulevard des Capucines vers 22 heures ; ce sera le déclencheur de la Révolution de 1848, on relèvera 52 morts et quantité de blessés
Le 23 février 1848, vers 22 heures, le boulevard des Capucines devient l’épicentre d’un basculement politique que personne ne maîtrise plus. Toute la journée, les manifestations se sont multipliées après l’interdiction du banquet réformiste : on chante, on fraternise parfois avec la Garde nationale, on démonte quelques pavés, mais beaucoup croient encore la situation rattrapable.
Devant le ministère des Affaires étrangères, la foule se masse pour acclamer la chute annoncée du ministère Guizot. Des torches, des drapeaux, des cris de « Vive la réforme ! ». Des compagnies du 14ᵉ de ligne sont déployées en travers du boulevard, théoriquement pour contenir la manifestation. Un mouvement de foule, un attelage qui s’engage, des manifestants qui veulent forcer le passage : la confusion s’installe au pied des baïonnettes.
Un coup de feu part – tir isolé ou geste d’un sous‑officier paniqué –, immédiatement suivi d’une décharge en règle contre la foule tassée le long des trottoirs. Quand le silence retombe, on relève 52 morts, des dizaines de blessés. Des corps sont chargés sur des tombereaux et promenés à la lueur des torches vers le centre de Paris : les cadavres deviennent argument politique.
Ce massacre de nuit brise net la stratégie de « réforme encadrée » de Louis‑Philippe et de Guizot. Aux yeux des Parisiens, le régime a tiré sur le peuple désarmé. Dès lors, l’abdication du roi, le 24, n’apparaîtra plus comme une simple crise ministérielle, mais comme la réponse tardive à une révolution déjà déclenchée sur le pavé des Capucines.