Cours d'expériences dur la nature du feu organisés sur la base des théories de Marat

Hôtel d'Aligre (dans la grande salle)

Recherches physiques sur le feu, Marat Jean-Paul, 1980, BnF

Avant l'Ami du peuple, il y eut l'ami du feu.

Le 18 avril 1780, dans la grande salle de l'hôtel d'Aligre, au 121-125 rue Saint-Honoré, un médecin de trente-sept ans nommé Jean-Paul Marat donne un cours public d'expériences sur la nature du feu. Il a préparé son matériel, ses protocoles, ses conclusions. L'assistance est choisie : des savants, des curieux instruits, et parmi eux Benjamin Franklin, ambassadeur des États-Unis en France, qui fréquente assidûment les cercles scientifiques parisiens depuis son arrivée en 1778. L'abbé Fillassier, disciple de Marat et futur député à l'Assemblée législative, organise la démonstration.

Le sujet est loin d'être anodin. Le feu, en 1780, est l'une des grandes questions de la physique et de la chimie. Lavoisier vient de révolutionner la chimie en démontrant le rôle de l'oxygène dans la combustion, et il est en train de renverser la théorie du phlogistique qui dominait depuis un siècle. Marat propose une théorie concurrente : le feu n'est pas un élément matériel, ni un processus purement chimique, mais un fluide igné — une substance physique qui se déplace, se concentre et se dissipe selon des lois mécaniques. Il a mené cent soixante-six expériences entre juin 1779 et janvier 1780, en partie devant des commissaires de l'Académie des sciences.

Les résultats sont consignés dans ses Recherches physiques sur le feu, publiées cette même année 1780. L'Académie, invitée à se prononcer, commente favorablement la méthode — mais refuse d'endosser les conclusions. Marat publie malgré tout en laissant entendre qu'il a reçu l'approbation de l'Académie. Le malentendu, ou la provocation, ne sera jamais pardonné.

C'est le début d'une rupture qui façonnera le personnage. Marat continuera ses recherches — sur l'électricité, sur la lumière — avec le même résultat : un travail expérimental sérieux, des théories hétérodoxes, et un refus systématique de l'institution scientifique dominée par Lavoisier et ses alliés. Marat y verra un complot de l'establishment académique contre un esprit libre. L'amertume du savant rejeté nourrira, une décennie plus tard, la rage du journaliste révolutionnaire.

Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday poignardera dans sa baignoire l'homme qui, treize ans plus tôt, faisait des expériences sur la nature du feu devant Benjamin Franklin, dans une belle salle de la rue Saint-Honoré.

Bibliographie