Portrait de Pierre Joseph Proudhon.
Pierre-Joseph Proudhon présenta son plan à l'Assemblée constituante. Il fut hué. La motion fut rejetée par 691 voix contre 2. Proudhon fut l'un des deux.
Six semaines après les journées de Juin, l'Assemblée constituante était dans un état d'esprit particulier. Le général Cavaignac avait réprimé l'insurrection ouvrière avec de l'artillerie ; des milliers de travailleurs avaient été tués, déportés ou emprisonnés. On ne parlait plus de droit au travail. On parlait d'ordre.
Pierre-Joseph Proudhon, élu à Paris en juin 1848 lors d'une élection partielle, monta à la tribune le 31 juillet 1848 au Palais Bourbon. Il proposa un plan radical : réduire d'un tiers les loyers, les intérêts et les dettes commerciales, et substituer à la banque privée un système de crédit gratuit géré par l'État. L'auteur de "Qu'est-ce que la propriété ?" (1840), dont la réponse était bien connue ("La propriété, c'est le vol"), n'avait rien abandonné de ses convictions.
L'Assemblée l'hua. Adolphe Thiers répondit longuement, brillamment, au nom de l'ordre et de la propriété. Thiers avait cinquante et un ans ; il était déjà le défenseur le plus éloquent des intérêts bourgeois, et il le prouva ce jour-là. Le vote : 691 contre, 2 pour.
Marx analysa ces événements dans "Les Luttes de classes en France" (1850) : l'Assemblée constituante sortie des urnes d'avril 1848 représentait, selon lui, la fraction républicaine de la bourgeoisie industrielle et financière, non le peuple qui avait fait la révolution de Février. La séance du 31 juillet en était la démonstration la plus transparente.
Proudhon avait déclaré, dans un autre contexte, à ceux qui lui opposaient le droit au travail : "Donnez-moi le droit au travail et je vous abandonne le droit de propriété." L'Assemblée avait choisi.
Thiers, lui, reprit du service en 1871 : il donna l'ordre d'écraser la Commune de Paris. Mêmes convictions, même efficacité.