C'est le début de la Révolution de février 1848. Le 22 février 1848, tout commence presque calmement, dans un salon de la Chaussée d’Antin. Une délégation de l’opposition se rend chez Odilon Barrot, chef de file des réformistes, pour trancher la question qui met le feu aux poudres : maintenir ou non le grand banquet réformiste prévu à l’est de Paris, interdit par le gouvernement Guizot.
Barrot, Lamartine, Marrast et d’autres y pèsent le pour et le contre. Le banquet devait couronner la campagne des banquets, cette forme détournée de réunion politique par laquelle l’opposition réclame l’élargissement du suffrage. Mais le risque de heurts est réel, et la monarchie de Juillet a choisi la manière forte : interdiction pure et simple du cortège et du repas. Après discussion, Barrot obtient la résiliation de la manifestation, en échange de la promesse d’une mise en accusation des ministres à la Chambre.
Cette reculade des modérés ne calme rien. Dans la nuit, le banquet est officiellement annulé, mais, comme l’admettra Barrot lui‑même, « le char est lancé, et quoi que nous fassions le peuple sera demain dans la rue ». Le 22 février au matin, étudiants et ouvriers commencent à se rassembler, la Marseillaise aux lèvres, bien décidés à transformer l’interdiction d’un repas politique en ouverture d’une crise de régime.