En 1633‑1634, Pierre Séguier, déjà l’un des plus puissants magistrats du royaume, s’offre une vitrine à la hauteur de sa charge. Il achète l’hôtel de Bellegarde, vaste demeure située entre la rue du Bouloi et l’actuelle rue Jean‑Jacques‑Rousseau, que le duc de Bellegarde avait fait rebâtir « le plus galamment du monde » par un Du Cerceau.
Le nouveau propriétaire ne se contente pas d’habiter les lieux : il les transforme. Il fait remanier les distributions intérieures, ajoute une double galerie décorée par le peintre Simon Vouet et confie à Charles Le Brun le dessin du jardin, créant un ensemble où se mêlent représentation sociale, piété (chapelle richement ornée) et goût pour les arts. L’hôtel de Bellegarde devient alors l’« hôtel Séguier », véritable maison‑palais de robe, au cœur du Paris politique et administratif.
C’est là que, quelques années plus tard, il accueillera régulièrement l’Académie française, renforçant le lien entre pouvoir royal, haute magistrature et monde des lettres. L’achat puis l’agrandissement de cet hôtel disent bien l’ambition de Séguier : inscrire son nom et sa fonction dans la pierre, tout en se dotant d’un cadre prestigieux pour ses réseaux intellectuels et politiques.