Albert Theisz (1839–1881).
Un voisin avait signé de son nom. Les quatre autres n'avaient pas osé. La répression de la Commune passa aussi par là.
Le 2 août 1873, un informateur signala à la préfecture de police la présence à Paris d'Albert Theisz, Communard en exil à Londres. La dénonciation était peut-être fausse. Elle s'ajoutait à des centaines de milliers d'autres.
Albert Theisz avait été l'un des responsables des Postes et Télégraphes pendant la Commune. Après la Semaine sanglante de mai 1871, il avait fui, comme des milliers d'autres Communards, vers l'exil. La Commune avait été écrasée ; les procès continuaient, et la préfecture de police cataloguait méthodiquement les informations reçues sur les fugitifs.
Dans ses archives, la préfecture compta 379 828 dénonciations visant des Communards. Benoît Malon, lui-même communard et historien du mouvement ouvrier, avança le chiffre de 389 823. Quatre dénonciations sur cinq étaient anonymes.
Ces chiffres disent quelque chose sur la France de la Troisième République naissante : une société où le voisin pouvait, sans risque, signaler l'ancien insurgé, où la délation trouvait ses habitudes, où la peur des représailles contre les dénonciateurs était bien moindre que la tentation de la vengeance ou du calcul. La Commune avait été brève (du 18 mars au 28 mai 1871) ; sa répression fut longue, minutieuse, et porta très loin dans les familles et les quartiers.
Theisz revint en France après l'amnistie de 1880. Il était graveur de métier. Il mourut à Paris en 1882.
Sur les 379 828 noms de dénonciateurs que la préfecture conserva dans ses dossiers, quatre sur cinq n'avaient pas laissé le leur.