Un apprenti serrurier tombe sur la passerelle de Grève, un drapeau tricolore à la main. Le pont, dit-on, porte encore son nom.
Le 25 juillet 1830, à Saint-Cloud, Charles X a signé les ordonnances qui musellent la presse et dissolvent la Chambre à peine élue. Paris se soulève. Le 28 au matin, étudiants, ouvriers, gardes nationaux et anciens soldats se rendent maîtres de l’Hôtel de Ville et hissent le drapeau tricolore à son sommet comme sur les tours de Notre-Dame. Le maréchal Marmont, qui commande les troupes royales, lance trois colonnes vers la place de Grève ; celle du général Talon, arrivée par les quais, reprend l’Hôtel de Ville.
L’après-midi, les insurgés contre-attaquent depuis la rive gauche et l’île de la Cité. Entre eux et la place coule la Seine, que franchit depuis 1828 une étroite passerelle suspendue réservée aux piétons, le pont de la Grève. Abrités derrière le parapet du quai, ils échangent des coups de feu avec la troupe massée sur la place. Un jeune apprenti serrurier, fils d’un ancien sergent, s’empare d’un drapeau tricolore et s’élance en entraînant les autres. Mortellement atteint, il aurait crié : « Mes amis, souvenez-vous que je me nomme Arcole ! » On a peut-être mal compris un garçon qui invoquait, en mourant, Bonaparte au pont d’Arcole. La légende est née.
Isolé, Talon doit évacuer l’Hôtel de Ville vers onze heures du soir. Le 29 juillet, les insurgés en sont les maîtres pour de bon ; en fin d’après-midi, les Tuileries tombent à leur tour. Une commission municipale s’installe à l’Hôtel de Ville avec La Fayette, qui, à soixante-treize ans, vient de reprendre le commandement de la Garde nationale. C’est encore là, deux jours plus tard, que se joue la fin de la révolution : au balcon, La Fayette donne l’accolade au duc d’Orléans, tous deux enveloppés dans un immense drapeau tricolore, et la foule massée sur la place de Grève applaudit. « Le baiser républicain de La Fayette fit un roi », écrira Chateaubriand.
Louis-Philippe achète dès 1831, pour son musée de Versailles, le tableau d’Amédée Bourgeois, « Prise de l’Hôtel de Ville : le pont d’Arcole », où l’on voit l’apprenti brandir le drapeau. Sous le Second Empire, la passerelle cède la place au pont actuel, le premier de Paris à franchir la Seine d’une seule arche de fer, sans appui dans le fleuve. Il a gardé le nom du jeune serrurier. En août 1944, c’est par lui que les premiers chars de la 2e division blindée arriveront devant l’Hôtel de Ville.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.