Depuis le 1er mars 1942, la salle Wagram accueille une exposition de propagande nazie et collaborationniste, Le Bolchevisme contre l'Europe, organisée par le Comité d'action antibolchévique de Paul Chack sous le patronage de Vichy. Fresque de Pétain serrant la main de Hitler à l'entrée, stands du PPF et du RNP, documents sur la Guépéou et la « misère soviétique* — le dispositif réunit chaque jour des milliers de visiteurs.
Le 8 mars, trois militants des Bataillons de la Jeunesse tentent d'y faire exploser une bombe. Ils s'appellent Georges Tondelier, vingt ans, Karl Schoenhaar, dix-sept ans, et André Kirschen, quinze ans et demi. L'engin n'explose pas. Ils sont arrêtés sur place ou dans les heures qui suivent, puis torturés.
Du 7 au 14 avril 1942, vingt-sept résistants des Bataillons de la Jeunesse comparaissent devant un tribunal militaire allemand à la Maison de la Chimie. Tondelier et Schoenhaar sont condamnés à mort. Tondelier est fusillé au Mont-Valérien le 11 juin 1942, Schoenhaar le 17 avril — il a dix-sept ans. Kirschen, lui, échappe à l'exécution par un détail de procédure : le code militaire allemand ne prévoit pas la peine de mort en dessous de seize ans. Condamné à dix ans de prison, il est déporté en Allemagne et survit à la guerre. Il témoignera toute sa vie de ce que fut ce premier cycle de résistance armée à Paris.