Au cœur du 5e arrondissement, le Val-de-Grâce est l'un de ces lieux où l'histoire se superpose en strates : couvent royal, joyau baroque, hôpital militaire, théâtre de massacre. Tout commence en 1637, quand le chancelier Pierre Séguier, mandaté par Louis XIII et Richelieu, débarque à l'abbaye pour perquisitionner les appartements d'Anne d'Autriche, soupçonnée de correspondre secrètement avec l'Espagne ennemie. La reine, trahie par sa dame de compagnie, est humiliée en son propre refuge. L'affaire fait scandale — et laisse des traces.
Un an plus tard, en 1638, la naissance du futur Louis XIV change tout. Anne tient son vœu : elle fait ériger sur le site une chapelle à la gloire de Dieu, modèle d'architecture baroque parisien dont le dôme rivalise avec les plus grandes réalisations romaines. La première pierre est posée par le petit Louis, à peine cinq ans.
Deux siècles plus tard, le lieu vit des heures sombres. En mai 1871, lors de la Semaine sanglante, des combattants de la Commune sont exécutés sommairement dans la buanderie et le jardin — certains à la baïonnette. Ironie tragique : les troupes versaillaises bombardent leur propre hôpital, ayant confondu le dôme du Val-de-Grâce avec celui du Panthéon voisin. Une seule salle reçoit 27 obus. En 1917, c'est dans ces murs que deux jeunes auxiliaires médicaux, André Breton et Louis Aragon, font connaissance — une rencontre qui changera la littérature française.
- XVIIe siècle Abbaye royale du Val-de-Grâce, couvent de religieuses
- 1638 Construction de la chapelle baroque par vœu d'Anne d'Autriche
- 1793 Transformé en hôpital militaire sous la Révolution
- 1871 Hôpital militaire du Val-de-Grâce, théâtre d'exécutions de Fédérés et de bombardements versaillais
- Aujourd'hui Musée du Service de santé des armées et ensemble architectural classé
Le Val-de-Grâce abrite aujourd'hui le Musée du Service de santé des armées, installé dans les anciens bâtiments conventuels. La chapelle baroque, chef-d'œuvre du XVIIe siècle avec ses colonnes, sa coupole peinte et son baldaquin à l'italienne, est classée monument historique et parfois ouverte au public lors de visites ou d'événements culturels.